«Manucure»: le doigt dans l’engrenage

Si l’idée d’explorer l’univers de la manucure semble originale, elle apparaît aussi comme un simple vernis et aurait pu être mieux exploitée.
Photo: Leméac Si l’idée d’explorer l’univers de la manucure semble originale, elle apparaît aussi comme un simple vernis et aurait pu être mieux exploitée.

Un cadavre au bord d’une rivière, un trou dans la tempe, un pistolet de calibre .22 près de la victime. Même si tous les indices semblent pointer vers une mort volontaire, Emma refuse d’admettre que sa sœur cadette, Amélie, a pu se suicider.

Surtout après avoir découvert un échange de textos cryptés dans le téléphone de la victime. Persuadée que l’assassin est l’un des clients de sa sœur, qui était comme elle manucure, elle décide de mener sa propre enquête auprès de la clientèle en se faisant passer pour la remplaçante de la défunte.

C’est le point de départ de Manucure, un roman noir à la tonalité de comédie que l’auteur de L’iguane et du Facteur émotif (XYZ, 2001 et 2005) livre dans une écriture ciselée et un peu blême.

Une jeune femme entretenue et maintenue dans une sorte d’esclavage sexuel par un homme d’affaires politicien en herbe et fétichiste des pieds, un richissime personnage isolé dans son domaine des Laurentides, une jeune femme recluse, une vieille diva de Westmount.

La protagoniste de Manucure, faisant fi du danger, va leur rendre visite l’un après l’autre, essayant de découvrir des indices entourant la mort de sa sœur — en plus des rognures d’ongles contenant des traces d’ADN. Lequel d’entre eux cache le plus grand secret ?

Si l’idée d’explorer l’univers de la manucure semble originale, elle apparaît aussi comme un simple vernis et aurait pu être mieux exploitée. Le récit qu’a imaginé Denis Thériault pour son cinquième roman avance à coups de procédés classiques pour le genre mais s’étiole vite, en poussant un peu dans tous les sens — de la manucure à l’espionnage industriel, en passant par le fétichisme et la guerre en ex-Yougoslavie —, tirant sa finale de sa manche comme un magicien sort une bête à plumes de son grand chapeau. Faible en calories.

Extrait de «Manucure»

« Emma dut sonner trois fois à la porte de cette demeure bourgeoise de la rue des Hêtres avant que fût perceptible un premier signe de vie : la serrure cliqueta comme à regret, puis la porte bâilla. Une voix juvénile lui demanda de s’identifier. Au nom de Laetitia, la porte s’ouvrit, révélant non pas l’enfant que s’attendait à voir Emma mais une jeune adulte, une drôle de petite femme au nez en pied de marmite. »

Manucure

★★★

Denis Thériault, Leméac, Montréal, 2019, 248 pages