«L’affaire Trussardi»: effets de toge et autres

Beverley McLachlin
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Beverley McLachlin

Descendants directs des séries télé du siècle dernier (Perry Mason, Ironside et autres), les romans de prétoire (lawcourt novels) ont la cote chez nos voisins du sud.

Il faut dire que les procès retentissants condensent souvent des segments d’humanité plutôt intenses : vengeance, jalousie, luttes de pouvoir et meurtre y sont monnaie courante. Comme ici, alors que l’élégante épouse d’un homme d’affaires de Vancouver est violemment assassinée dans son lit…

Vincent Trussardi, le mari de la belle Laura, devient rapidement le principal suspect des policiers et la jeune avocate Jilly Truitt accepte de le défendre.

Même si elle ne fait pas tout à fait confiance à son client, cette affaire ne peut pas nuire à son cabinet qui est en pleine expansion…

L’affaire Trussardi devient alors prioritaire même si d’autres dossiers accaparent son temps, dont une histoire de meurtre où son plaidoyer permet d’innocenter l’accusé. Truitt se met à fouiller et à lever méthodiquement toutes les pistes.

D’abord pour tenter de percer Trussardi, puis pour confronter la preuve de la Couronne. Mais la cueillette est plutôt mince et la liste des suspects potentiels encore plus. Et il y a surtout que la victime a été ligotée dans son lit avant d’être abattue sauvagement avec une arme qu’on n’a pas retrouvée, alors que le revolver de Trussardi a disparu et que celui-ci n’a pas d’alibi solide…

Arrive le procès. Le procureur frappe d’abord un grand coup en décrivant dans les détails les photos prises sur les lieux du crime par les policiers.

Truitt, elle, s’acharnera à démontrer que les preuves amassées par les enquêteurs du bureau du procureur sont circonstancielles et que son client est innocent, comme il l’affirme. Pire : elle soutient que la Couronne est persuadée depuis le début de la culpabilité de Trussardi et qu’elle n’a jamais sérieusement poursuivi d’autres pistes.

La conclusion du procès comme ses retombées immédiates sont dramatiques, et nous n’en dévoilerons évidemment rien ici.

On sera agréablement surpris tout au long par l’écriture vive et nerveuse de Beverley McLachlin qui est particulièrement bien rendue par la traduction d’Isabelle Allard. Et on le sera encore plus en prenant conscience qu’il s’agit bien de la même Beverley McLachlin qui siégea à la Cour suprême à titre de juge en chef du Canada.

Son héroïne est un personnage complexe, ballotté par la vie, qui a su trouver ses propres repères. Les autres personnages qu’elle nous propose sont tout aussi solides et bardés de travers qui les rendent crédibles.

Il y a bien quelques gros fils blancs qui apparaissent au bon moment, ici et là, mais c’est probablement le seul petit reproche que l’on peut faire à ce premier roman fort réussi.

On sort de cette histoire en souhaitant retrouver Jilly Truitt et son équipe, mais d’abord avec le sentiment de connaître beaucoup mieux les rouages procéduriers du système judiciaire canadien, effets de toge et autres : il est temps que quelqu’un d’ici occupe ce créneau, et Beverley McLachlin le fait fort bien. Il y a surtout que, malgré tous ses défauts, un humanisme profond régit ce système. Voilà une vraie bonne nouvelle…

Extrait de «L’affaire Trussardi»

« — Pourquoi avez-vous fait ça ?

Mon estomac se serre, comme toujours lorsque je songe à ma période sombre.

— J’ai déjà été dans la même situation que toi : sur le plancher d’une chambre, avec une chandelle et une cuillerée de poudre blanche. J’étais effrayée, complètement paumée. J’avais vécu dans la rue et fait des trucs stupides. Quand j’ai repris mes esprits, j’étais trop honteuse pour aller de l’avant et trop malade pour revenir en arrière. J’ai donc décidé d’en finir. Quelqu’un m’a sauvée, une personne qui ne voulait pas m’abandonner. Depuis douze ans, je cherche un moyen de rembourser cette dette.

Damon me jette un regard las.

— Alors, vous savez que ce n’est pas fini.

— Ce n’est jamais fini, mais tu as gagné une journée, Damon. C’est une bonne chose. »

L’affaire Trussardi

★★★ 1/2

Beverley McLachlin, traduit de l’anglais par Isabelle Allard Guy St-Jean éditeur, Montréal, 2019, 390 pages