«L’assassinat de Clemenceau»: l’anarchiste et le président

Au fond, Cottin est un pauvre bougre puni parce qu’anarchiste plus que pour ce qu’il a commis, estiment ses défenseurs.
Photo: Perrin Au fond, Cottin est un pauvre bougre puni parce qu’anarchiste plus que pour ce qu’il a commis, estiment ses défenseurs.

Paris, 19 février 1919, 8 h 45. Un individu fait feu sur le véhicule de Georges Clemenceau, président du Conseil des ministres. Une balle atteint au poumon l’homme d’État français.

La foule se rue sur le tireur. La une du journal Le Miroir du 2 mars 1919 le montre, accompagné de deux agents portant chacun canne, moustache et chapeau melon.

Pour l’anecdote, Hergé s’en inspira pour dessiner ses Dupont et Dupond, raconte l’historien Jean-Yves Le Naour dans ce récit haletant et accessible d’un assassinat raté perpétré par un anarchiste solitaire, voilà un siècle.

Cet anarchiste, c’est Émile Cottin. Il affirme avoir agi seul. Cruelle déconvenue pour les tenants du complot. Pendant que le jovial et facétieux Clemenceau reçoit, plutôt que de se soigner, les témoignages de soutien déferlent. Une sorte d’hystérie gagne la France. Finalement, le geste de Cottin sert Clemenceau, porté aux nues.

Au terme d’un procès expéditif, Cottin est condamné à mort. Le verdict, implacable, déchaîne les passions. Au fond, Cottin est un pauvre bougre puni parce qu’anarchiste plus que pour ce qu’il a commis, estiment ses défenseurs.

Le procès

Dix jours plus tard débute le procès de Raoul Villain, l’assassin du politicien Jean Jaurès. Son acquittement rend la peine de Cottin scandaleuse aux yeux de l’opinion. On réclame l’amnistie pour Cottin. Clemenceau intervient en faveur de son agresseur. Le 8 avril, le président Poincaré commue la peine de mort en dix ans de détention.

Émile Cottin « n’était pas la liberté qu’on opprime, la voix rebelle que l’on veut faire taire ; sa seule gloire [a été] d’avoir tiré neuf balles contre un vieillard de 78 ans ». Cottin a raté sa cible et son entrée dans l’Histoire, écrit Le Naour.

Son enquête a pour mérite de sortir le piètre personnage de la nuit de l’oubli, tout en éclairant les liens entre le politique, la presse et la justice françaises au lendemain de la guerre de 1914-1918.

L’assassinat de Clemenceau

★★★

Jean-Yves Le Naour, Perrin, Paris, 2019, 164 pages