«L’étymologie avec Pico Bogue»: la racine des mots

À l’instar des bandes dessinées «Pico Bogue», cette nouvelle série en garde l’humour irrévérencieux, les réflexions existentielles, les réponses franches et pragmatiques.
Photo: Alexis Dornal À l’instar des bandes dessinées «Pico Bogue», cette nouvelle série en garde l’humour irrévérencieux, les réflexions existentielles, les réponses franches et pragmatiques.

Vedette d’une série éponyme, Pico Bogue s’intéresse ici avec son humour malicieux légendaire à l’étymologie des mots, à la recherche de leur vrai sens qui ne se trouve pas uniquement dans leurs racines, mais, croit-il, aussi dans leur évolution. Ainsi, dans une suite de saynètes en apparence légères, Pico explore avec sérieux, humour et poésie les mots de son quotidien.

En amorce de L’étymologie avec Pico Bogue, tout juste paru chez Dargaud, le petit personnage créé par Dominique Roques et Alexis Dormal explique l’importance de bien connaître les mots afin de penser par soi-même. Car si le langage a été façonné par d’autres hommes, « ce ne sont pas leurs idées qui doivent sortir de ma bouche, mais les miennes ! » raconte-t-il tout en marchant dans un décor de bord de mer. Depuis « abîmer » jusqu’à « conclusion », c’est au total 33 mots, présentés en ordre alphabétique, que Pico fouille, décortique, explore avec rigueur et candeur.

S’arrêtant devant la vitrine d’un magasin de vélos, le moment est bien choisi pour discuter avec son père du mot « cher » qui vient du latin crus et qui a deux sens : « aimé, chéri » et « précieux, coûteux ». Prétextant qu’il est un très cher fils dans les deux sens du mot, lui vient des envies de coûter encore plus cher à son père en lui demandant de lui acheter la bicyclette.

Tout aussi savoureux est ce passage dans lequel Pico, devant un comptoir de bonbons, négocie un caramel contre un sourire éclatant de blancheur prétextant qu’« argent » et « argument » viennent justement du mot latin arguus qui veut dire « éclat, blancheur ». Malgré l’entourloupette du garçon, le commis a tôt fait de lui répondre qu’un sourire se glisse bien mal dans une caisse enregistreuse. Joignant l’histoire des mots et leur utilisation dans des contextes reconnaissables par les lecteurs, Roques et Dormal investissent la richesse la langue dans une approche rafraîchissante et accessible.

L’essence de Pico

À l’instar des bandes dessinées « Pico Bogue », cette nouvelle série en garde l’humour irrévérencieux, les réflexions existentielles, les réponses franches et pragmatiques. Par ailleurs, l’idée d’explorer l’origine des mots était déjà perceptible dans les titres précédents, L’original en tête. Ici toutefois, les aventures du petit rouquin ébouriffé et de sa sœur Ana Ana s’inscrivent dans un cadre légèrement plus formel, un semblant de dictionnaire qui connaîtra d’ailleurs plusieurs tomes — ce premier se termine à la lettre C et la série ira, bien sûr, jusqu’à Z.

Ainsi, chaque page est consacrée à un mot qui sert de contexte ou de prétexte à une nouvelle aventure. Évidemment, tous les mots n’y sont pas présentés. Un choix de verbes, de noms, d’adjectifs compose l’ensemble. Mais malgré la présence de personnages attachants, de la volonté d’unir didactisme et ludisme, une certaine lourdeur s’installe au fil de la lecture qui reste au final très chargée. Mieux vaut alors grappiller ici et là dans l’ouvrage, et y revenir régulièrement, que de courir le risque d’en perdre définitivement son latin.

Extrait de «L’étymologie avec Pico Bogue»

« “Angineˮ vient du latin “angereˮ qui signifie “serrer la gorgeˮ… Ana Ana a une angine… Et son état ne fait qu’empirer, ce qui m’angoisse beaucoup ! “Angoisseˮ vient aussi d’“angereˮ, puisque l’angoisse “serre la gorgeˮ ! J’“angoisseˮ tellement que j’ai l’impression d’avoir moi aussi une angine… Je ne vais pas pouvoir aller à l’école… Quel dommage ! »

L’étymologie avec Pico Bogue

★★★

Dominique Roques et Alexis Dormal, Dargaud, Paris, 2019, 162 pages