Quialu, le site québécois de critiques de livres

La LIQ espère qu’en se déployant, Quialu permettra de tisser une proximité entre lecteurs, libraires et littérature. Un des objectifs est aussi de faire découvrir le travail précieux des «libraires-influenceurs», comme ceux de la Librairie Gallimard (notre photo).
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La LIQ espère qu’en se déployant, Quialu permettra de tisser une proximité entre lecteurs, libraires et littérature. Un des objectifs est aussi de faire découvrir le travail précieux des «libraires-influenceurs», comme ceux de la Librairie Gallimard (notre photo).

Quialu.ca, mais qu’est-ce que c’est que ça ? Une plateforme québécoise de critiques littéraires, dévoilée aujourd’hui autour du Salon du livre de Québec, qui servira de point de rencontre virtuel pour les lecteurs d’ici, et de lieu de chute pour leurs commentaires et impressions de lecture. Inspiré par les sites Internet comme l’américain Goodreads — désormais propriété d’Amazon — et le français Babelio, la coopérative des Librairies indépendantes du Québec (LIQ) lance un équivalent québécois, y mettant en lumière tout particulièrement les commentaires des libraires, ces lecteurs professionnels.

« Après avoir étudié le fonctionnement des Goodreads et autres Babelio, on a décidé de cristalliser notre propre vision d’une communauté et d’une plateforme en plaçant nos libraires membres dans un statut distinct », la mise en forme surlignant leurs commentaires, sans les hiérarchiser, explique Jean-Benoît Dumais, directeur général de la coop des LIQ.

Faire briller les titres québécois

Pourquoi faire une plateforme « locale » quand d’autres existent déjà, et depuis plus d’une dizaine d’années, et avec des millions de visiteurs ? « Parce que, sur ces plateformes-là, les titres québécois se retrouvent souvent noyés, mal mis en évidence, illustre le DG. Là, tu vas pouvoir voir les commentaires de tes amis, de ton libraire, de tes voisins. On cherche un effet de proximité, de rapprochement, qui va jouer, nous le croyons, sur le sentiment d’appartenance » à la plateforme comme à la littérature québécoise.

L’utilisateur, pour l’instant, peut y noter des listes de lecture — garder la trace de ses lectures passées, répertorier celles à venir. Il peut apprécier simplement un livre, lui donner une notation en nombre d’étoiles (sur un maximum de cinq) ou commenter en quelques lignes — le maximum possible tourne autour de 3000 caractères. Le désir de la LIQ est qu’en se déployant, Quialu permette de tisser une proximité entre lecteurs, libraires, livres et littérature — particulièrement d’ici, même si la plateforme accepte les commentaires sur tous les livres francophones mis sur le marché au Québec. « On va intégrer bientôt des livres anglophones », annonce déjà M. Dumais. Car sur le site transactionnel leslibraires.ca — site jumeau et lié à Quialu —, certaines librairies membres ont une part d’inventaire dans la langue de Shakespeare. « L’anglais ne sera jamais majoritaire, mais on va faire apparaître ces inventaires. On veut aussi travailler une meilleure découvrabilité des auteurs du Canada anglais, qui restent ici très mal connus. »

Constante mouvance

Le projet sera évolutif, prévient déjà la LIQ, et sa version originelle, accessible à tous dès aujourd’hui, risque de muer rapidement. Au moment d’écrire ces lignes, quelque 250 commentaires seulement se retrouvaient sur le fil d’actualité du site ; des commentaires lancés par une petite poignée d’utilisateurs-testeurs qui y naviguent confidentiellement depuis fin mars. « Le vrai sens d’un projet collectif comme celui-là, c’est d’attendre que les suggestions et les idées viennent, qui vont influencer le développement de la plateforme. Et c’est bien ainsi », estime le directeur. C’est donc l’usage qu’en fera la communauté, comprend-on, qui sculptera Quialu.

On cherche un effet de proximité, de rapprochement, qui va jouer, nous le croyons, sur le sentiment d’appartenance

 

Cette toute première version se présente comme un fil d’actualité, du commentaire de lecture le plus récent au plus ancien. « Bientôt, on va faire apparaître des filtres qui vont influencer la découvrabilité, que les utilisateurs vont pouvoir activer. Mais on tenait d’abord à observer comment vit la plateforme, comment le milieu a le goût de se l’approprier, et qui va collaborer — l’Association nationale des éditeurs de livres ? les éditeurs de manière indépendante ? le public ? On peut imaginer un travail futur avec les festivals de littérature par exemple. Ça pourrait vraiment devenir un espace d’animation. Je trouve ça l’fun qu’on n’ait pas figé d’emblée le modèle », commente M. Dumais.

Chose certaine, la LIQ ne souhaitait pas faire naître « un Facebook du livre. On sent une fatigue quant à la multiplication des plateformes sur lesquelles on doit se retrouver. Présentement, il n’y a pas moyen sur Quialu de suivre certains commentateurs ni de s’écrire en privé entre utilisateurs. On veut plutôt proposer un lieu dont le livre est le coeur ».

Un des objectifs de la plateforme, avoué mais secondaire, est également de permettre la découvrabilité… des libraires. De publiciser leur côté prescripteur, de les voir comme « libraire-influenceur, dans une dynamique d’inspiration », nomme Jean-Benoît Dumais. N’est-ce pas rajouter à leur charge de travail, à eux qui déjà doivent de plus en plus devenir organisateurs d’événements, animateurs de page Facebook ? « Les commentaires, ils les ont déjà pensés, ça fait partie de leur boulot », rétorque M. Dumais. « Ils en écrivent parfois sur des fiches dans les rayons de leurs librairies. Je vois ça plutôt comme une façon de rejoindre plus de monde avec le même acte ; comme la possibilité pour eux de voir la portée que peut avoir leur influence. Fondamentalement, les libraires ont le désir de rejoindre les gens. »