«Le nouveau monde paysan au Québec»: oui, l’amour est dans le pré!

Ne soyez pas surpris si vous restez pris quelques minutes à contempler certains dessins qui sont tout simplement admirables.
Photo: Stéphane Lemardelé Ne soyez pas surpris si vous restez pris quelques minutes à contempler certains dessins qui sont tout simplement admirables.

Le modèle économique actuel, basé sur la productivité coûte que coûte et sur la croissance infinie, est de plus en plus remis en question par des individus qui constatent que ce n’est peut-être pas la meilleure façon d’interagir avec notre environnement.

L’agriculture, un des fondements de notre système social et économique, n’y échappe pas et de plus en plus d’agriculteurs se demandent s’il n’existe pas une autre façon de faire que de gérer une ferme comme on gère un fournisseur de biens de consommation, c’est-à-dire en privilégiant une structure basée sur la rentabilité reposant principalement sur des quotas et des économies d’échelle.

Une rencontre avec ces fermiers résistants encore et toujours à l’envahisseur, c’est ce que nous propose Stéphane Lemardelé dans Le nouveau monde paysan au Québec, un magnifique bédéreportage qui, force est de constater, bouleverse notre rapport à ce que nous retrouvons dans notre assiette.

Le fil conducteur de ce long reportage est la récolte communautaire de l’ail à la ferme de Christian Marcotte, située à Pigeon Hill, ancien village qui fait maintenant partie de Saint-Armand (oui, le fameux village si souvent décrit par Pierre Foglia), dans la région de Brome-Missisquoi, tout près de la frontière américaine.

Lemardelé se sert de ce prétexte pour nous présenter plusieurs néo-fermiers installés dans cette région qui ont décidé de penser l’agriculture autrement que par le modèle inadéquat, pour eux, proposé par l’Union des producteurs agricoles et le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. Et, surtout, qui en sont bien heureux !

Le dessin est tout simplement remarquable. Lemardelé, qui a collaboré à des productions cinématographiques à titre de story-boarder avant de se lancer dans la bédé maîtrise parfaitement le découpage du scénario et le cadrage, et nous offre de somptueux paysages dans des tons d’ocre, parsemant le tout, ici et là, de quelques taches de bleu charron et de turquoise qui contribuent à donner du relief à l’ensemble.

Ne soyez pas surpris si vous restez pris quelques minutes à contempler certains dessins qui sont tout simplement admirables.

En toute honnêteté, personne n’a trop envie de se faire faire la morale à la lecture de cette bédé, mais heureusement, ce piège est évité. En laissant la parole aux principaux artisans de ce mouvement, Lemardelé se place en position d’observateur et nous laisse tirer nos propres conclusions, à savoir qu’il est grand temps de restructurer le modèle de production agricole pour faire une place à une façon de faire qui fonctionne et qui, surtout, peut être complémentaire à ce qui est déjà proposé.

Toutefois, cela veut dire que le consommateur devra lui-même repenser ce qu’il consomme (dans tous les sens du terme) et qu’il cesse d’exiger des fraises en janvier à coût abordable.

Dans tous les cas, Le nouveau monde paysan au Québec contribue positivement au débat, ce qui est, en soi, une belle réussite.

L’auteur sera au SILQ les 13 et 14 avril.

Le nouveau monde paysan au Québec

★★★★

Stéphane Lemardelé, La boîte à bulles, Saint-Avertin, 2019, 256 pages