«Rivière-au-Cerf-Blanc»: l’art de l’horreur

Les tableaux que dessine Véronique Drouin imprègnent des images fortes dans l’esprit du lecteur.
Photo: Québec Amérique Les tableaux que dessine Véronique Drouin imprègnent des images fortes dans l’esprit du lecteur.

« Quand est-ce que l’art cesse d’en être pour devenir de la pure provocation ? » Quand l’héroïne de Rivière-au-Cerf-Blanc pose cette question, elle est assise dans un canot, encore un peu assommée, tentant d’échapper à des inconnus qui ont assassiné son chum. Des êtres faisant preuve d’une violence extrême, qui exposent leurs crimes de façon harmonieusement horrible dans des installations en pleine forêt.

Son compagnon de fortune lui répond : « Aujourd’hui, on a presque l’impression que le fait de choquer est une norme esthétique. » Et c’est dans cette réplique que réside l’un des secrets faisant la beauté de ce roman pour ados : les scènes d’horreur qui le ponctuent, véritablement terrifiantes, sont loin d’être gratuites. Elles mènent plutôt à une profonde réflexion sur ce qui donne l’impulsion à un geste artistique, sur l’importance d’aller au-delà des apparences, sur le désir de « participer à l’oeuvre collective du monde ».

Par ailleurs, ce roman fantastique, aussi teinté de fantastique, est parsemé de références aux sculptures de David Altmejd, à la robe de viande de Jana Sterbak, au tableau de Géricault Le radeau de la Méduse. Également, les tableaux que dessine Véronique Drouin imprègnent des images fortes dans l’esprit du lecteur. « Cette fois, les animaux étaient à l’abri. Et les humains étaient les trophées de chasse. »

Plus loin, elle précise : « Cette matinée glorieuse, gorgée de lumière, ne donnait aucun indice des drames s’étant déroulés la veille. Et c’est sans doute ce qui la rendait plus tragique encore. » Car oui, plusieurs scènes se déroulent en plein jour. Un procédé moult fois éprouvé pour rendre la cruauté d’autant plus atroce.

Notons enfin que, dans ce récit pour les 14 ans et plus, les liens se font naturellement entre l’action et les titres de chapitres. Ainsi, l’un d’eux se conclut sur les personnages faisant face à une chute d’eau ; le suivant s’intitule « Notre chute est imminente ».

Le succès que connaîtra ce roman l’est assurément aussi.

Rivière-au-Cerf-Blanc

★★★★

Véronique Drouin, Québec Amérique, Montréal, 216 pages