Décès du poète Yves Préfontaine

Yves Préfontaine laisse derrière lui une œuvre poétique foisonnante.
Photo: Marco Delogu Yves Préfontaine laisse derrière lui une œuvre poétique foisonnante.

Le poète, anthropologue et animateur de radio Yves Préfontaine est décédé dimanche à l’hôpital des suites d’une grippe.

En plus de son travail artistique, Yves Préfontaine a été, avec Pierre Bourgault, l’un des membres fondateurs du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) en 1960. Deux ans plus tôt, il avait également cofondé une revue intitulée Le Québec libre, qui n’aura produit que deux numéros, et une autre intitulée Situations. Il a été rédacteur en chef de la revue Libertés, en 1961 et 1962.

« L’artisan furieux »

Yves Préfontaine laisse par ailleurs derrière lui une oeuvre poétique foisonnante. Certains de ses poèmes ont d’abord été publiés dans L’Indépendance, publication du RIN. En 1967, Préfontaine publie Pays sans parole, qui lui vaudra le prix France-Québec. « Et le chant de tout peuple maintenant se résout en fracas/sous la meule aveugle d’un siècle qui noircit/Et le chant de tout homme maintenant se réduit/à ce cri d’acier dans une gorge de bruit », écrivait-il alors. Il disait se reconnaître dans ce que René Char appelait « l’artisan furieux ».

Sa poésie est non seulement engagée politiquement, souligne-t-on dans le Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, mais elle « se cherche opiniâtrement au niveau des mots, des rythmes et des images ». Après avoir étudié l’anthropologie et la sociologie à Montréal et à Paris, il sera professeur à l’Université McGill et à l’Université de Montréal.

L’appartement d’Yves Préfontaine a fait l’objet de perquisitions durant la crise d’Octobre, en 1970. Et après l’élection du Parti québécois, Yves Préfontaine sera un certain temps chef de cabinet de Camille Laurin.

Le sortilège du jazz

Dès ses débuts, Yves Préfontaine produira et animera différentes émissions de musique jazz à la radio, de sa voix grave et profonde. Alain Bertrand, ami et admirateur d’Yves Préfontaine, se souvient d’avoir découvert le jazz en écoutant Jazz Sortilèges, la première émission de jazz en français au Canada, qu’Yves Préfontaine animait à 23 ans.

Et le chant de tout peuple maintenant se résout en fracas/Sous la meule aveugle d’un siècle qui noircit

« Il vouait un culte à John Coltrane », se souvient-il. Sa poésie, dit-il, était profondément ancrée dans le territoire, dans la minéralité, et plongeait dans de lointaines origines précambriennes. « Il y avait quelque chose de physique, de matériel, qui en faisait une poésie presque environnementale », conclut Alain Bertrand.

Une cérémonie sera célébrée en hommage à Yves Préfontaine le jeudi 11 avril, au Complexe funéraire Mont-Royal, avec la participation de plusieurs poètes.