«Les Éditions Marabout, Bob Morane et le Québec»: Péché de jeunesse

L’écrivain Henri Vernes lors de l’exposition «Bob Morane, 40 ans d’aventures», à Paris, en 1993
Photo: Pierre Verdy Agence France-Presse L’écrivain Henri Vernes lors de l’exposition «Bob Morane, 40 ans d’aventures», à Paris, en 1993

Les Éditions Marabout diffusent aujourd’hui des ouvrages pratiques. Il en était autrement à leurs débuts en 1949. Dès lors, les livres arborant un marabout avec des lunettes et un gros manuscrit marquèrent la naissance du livre de poche francophone. Mais surtout, ils occupèrent la jeunesse des années 1950 aux années 1970 avide des exploits, entre autres, de l’hôtesse de l’air Sylvie et de l’aventurier Bob Morane publiés par la maison.

« Le père de Marabout, c’est André Gérard, un dynamique et ambitieux imprimeur-éditeur, pilote automobile à ses heures », écrit Jacques Hellemans. Avec lui et son directeur littéraire Jean-Jacques Schellens, le livre sacralisé fit place aux ouvrages bon marché et au marketing innovant. Les couvertures plastifiées et les quatrièmes avec résumé et photo de l’auteur créèrent la marque, alors que les slogans accrocheurs, les concours, les publicités, les présentoirs et le Club international des chercheurs Marabout fidélisèrent les lecteurs et les libraires.

Une collection comme Marabout junior avait besoin de héros. Ainsi naquit Bob Morane, le 16 décembre 1953 avec la parution de La vallée infernale. Accompagné de son acolyte Bill Ballantine, ce chevalier errant des temps modernes vivra 142 aventures chez Marabout entre 1953 et 1977.

« Bob Morane a pesé sur ma vie ! » écrit Charles Dewisme, alias Henri Vernes, dans la préface. Et pour cause. L’écrivain aujourd’hui centenaire publiait alors à un rythme d’enfer : un roman tous les deux mois, que les jeunes se passaient sous le manteau tant le corps professoral réprouvait cette « sous-littérature ». Des ventes vertigineuses accompagnaient chaque parution, y compris au Québec grâce au dynamique Dimitri Kasan. Celui-ci répandit Marabout au Canada français en engageant comme porte-parole, en 1952, un joueur des As de Québec, un certain Jean Béliveau.

À l’invitation de Kasan, Vernes parcourut le Québec en avril 1964. Il rencontra les médias et des milliers de jeunes, en congé pour l’occasion, venus par autobus entiers faire dédicacer leurs romans. De sa visite des chantiers de la Manic, il puisa l’inspiration pour la 71e aventure de son héros, Terreur à la Manicouagan. Il revint en 1967 lors de l’Expo, en 1969 pour le jeu télévisé Tous pour un, et en 1973.

Le voyage nostalgique dans le temps que propose Jacques Hellemans appelle quelques réserves. Sans doute, l’ouvrage aurait mérité une introduction. On aurait ainsi appris avant la page 102 que la partie consacrée à Marabout est le fruit d’une recherche débutée en 2006, suivie d’une exposition et d’une brève publication en 2013.

Hellemans aurait aussi pu être plus disert sur Henri Vernes et les éditions successives de ses romans Marabout. En outre, il fait l’impasse sur les relations entre l’auteur et son éditeur, alors que Vernes a déjà abordé la question. Enfin, les pages consacrées aux relations du père de Morane avec le Québec auraient gagné à davantage éclairer l’accueil que les médias québécois lui réservèrent.

Au bout du compte, on en aurait pris plus, d’autant que de nombreuses sources demeurent disponibles.

Les Éditions Marabout, Bob Morane et le Québec

★★ 1/2

Jacques Hellemans, préface d’Henri Vernes, Septentrion, Québec, 2019, 197 pages