Les librairies indépendantes, garantes de la diversité

Le libraire Roger Chénier a observé, depuis le déménagement de la librairie L’Écume des jours de la rue Saint-Viateur à la rue Villeray il y a plus de quatre ans, un rajeunissement de la clientèle et une hausse des ventes de littérature québécoise.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le libraire Roger Chénier a observé, depuis le déménagement de la librairie L’Écume des jours de la rue Saint-Viateur à la rue Villeray il y a plus de quatre ans, un rajeunissement de la clientèle et une hausse des ventes de littérature québécoise.

Les librairies indépendantes tirent des revenus à la fois des livres de fonds et des nouveautés. Elles tiennent aussi nombre de livres qui ne se vendent qu’à quelques exemplaires, et parfois même pas du tout. C’est ce que dévoile une étude statistique réalisée par la Société de gestion de la Banque de titres de langue française (BTLF) en collaboration avec l’Association des librairies du Québec (ALQ).

Ce document sera au centre des discussions de la 11e Rencontre interprofessionnelle des acteurs du livre, qui se tient mardi à Montréal, et qui a pour thème « L’impératif de la nouveauté et les enjeux du livre de fonds ».

Selon Katherine Fafard, directrice générale de l’ALQ, « la librairie indépendante est garante de la bibliodiversité », dans le monde du livre.

En ce qui a trait au genre, c’est la littérature jeunesse qui trône au sommet des ventes de livres par des librairies indépendantes. Elle représente en effet 28,7 % des titres vendus de 2016 à 2018. Selon Katherine Fafard, cet état de fait pourrait être lié aux subventions de 4,4 millions de dollars supplémentaires, accordées récemment par le gouvernement québécois pour regarnir les bibliothèques scolaires. C’est la littérature — roman, nouvelles, poésie — qui suit, avec 23 % des ventes entre 2016 et 2018.

Ces dernières données reflètent la réalité vécue par exemple par la librairie L’Écume des jours, qui a déménagé son enseigne il y a quatre ans et demi rue Villeray, après avoir longtemps eu pignon sur rue plus au sud, rue Saint-Viateur. « Nous, on vend beaucoup de livres jeunesse, dit Roger Chénier, l’un des copropriétaires de L’Écume des jours. On s’en est fait un genre de spécialité », dit-il.

Depuis son déménagement, le libraire a observé un rajeunissement de la clientèle et une hausse des ventes de littérature québécoise. « Il y a beaucoup de jeunes qui viennent nous voir, des clients entre 18 et 40 ans », dit-il. Les livres québécois sont d’ailleurs moins chers que les livres français. « Des livres à 45 ou 50 $, cela finit par représenter un bon pourcentage des salaires », dit M. Chénier. La librairie L’Écume des jours a aussi développé un bon rayon de poésie québécoise. « Je travaille beaucoup cela, dit M. Chénier. Et j’en lis beaucoup ».

Le profil du libraire

Mme Fafard remarque d’ailleurs que les librairies indépendantes se créent des fonds selon le profil du libraire et de sa clientèle. « Une librairie se démarque par la valeur des libraires qu’elle emploie, et qui connaissent véritablement le fonds. Ce sont de vrais libraires qui vont conseiller les gens. Pas des préposés ou des caissiers. »

Une librairie se démarque par la valeur des libraires qu’elle emploie, et qui connaissent véritablement le fonds. Ce sont de vrais libraires qui vont conseiller les gens. Pas des préposés ou des caissiers.

Elle constate par ailleurs un regain d’intérêt pour les librairies indépendantes ces dernières années. En effet, alors que plusieurs librairies ont fermé leurs portes entre 2007 et 2014, de nouvelles librairies ont ouvert dans les années suivantes. « Il y a un retour à l’achat local, dit Mme Fafard. C’est un phénomène mondial. »

Autre donnée intéressante, les ventes de livres numériques, qui ne représentent finalement que de 2 à 4 % du total des ventes des librairies indépendantes. Il semble donc que la révolution de lecture numérique tant annoncée n’ait pas eu lieu.

Un conférencier allemand, Gerd Robertz, viendra présenter mardi aux participants le modèle de books on demand, par lequel le livre est imprimé à la demande pour le client. Le résultat imprimé est à s’y méprendre pour des néophytes, dit Mme Fafard. Reste que ce modèle, qui est développé à plus petite échelle ici, par l’imprimeur Marquis par exemple, ne fonctionne pas pour la bande dessinée ou pour le livre d’art.

Défis de l’offre

En attendant, les libraires doivent jongler avec des défis d’offre. « Il y a environ 700 000 titres en français disponibles, auxquels 35 000 s’ajoutent annuellement », explique Mme Fafard. Est-ce à dire qu’il se publie trop de livres ? « On serait bien mal placés pour se plaindre », répond-elle.

Selon l’étude, le tiers des livres tenus en librairie ne se vendront qu’à un seul exemplaire dans l’ensemble du réseau. Les données de la chaîne Renaud-Bray ne sont pas disponibles, parce que l’entreprise n’a pas voulu les soumettre à l’outil de mesure de la BTLF. Dans l’ensemble, le réseau des librairies indépendantes semble vendre davantage de livres de fonds, c’est-à-dire parus depuis plus d’un an, que de nouveautés. Mais cette part du marché rapporte moins à cause des prix réduits du livre de poche.
 



Une version précédente de ce texte, qui indiquait que Renaud-Bray n’a pas soumis ses données à l’étude et qui affirmait que «la librairie indépendante est garante de la biodiversité», a été modifiée.