«Tu écouteras ta mémoire»: encore un autre livre de Gilles Archambault?

Il y a beaucoup d’humour, forcément noir, au cœur de ces 100 très courts récits, une forme ayant toujours permis à l’écrivain de donner le meilleur de lui-même.
Photo: Boréal Il y a beaucoup d’humour, forcément noir, au cœur de ces 100 très courts récits, une forme ayant toujours permis à l’écrivain de donner le meilleur de lui-même.

« Non mais, va-t-il un jour s’arrêter de publier ? » Ce n’est pas nous qui posons la question — comment oserions-nous ? —, mais bien un des narrateurs de Tu écouteras ta mémoire, 42e livre de Gilles Archambault. Évidence pour quiconque connaît son autodérision légendaire : c’est à lui-même que s’adresse le jazzophile en signant cet autoportrait détourné, comme pour signaler à ses lecteurs fidèles qu’il sait trop bien qu’il écrit chaque fois un peu le même livre, et qu’il s’en excuse.

Pas que ce soit nécessaire : on lit Gilles Archambault pour l’entendre égrainer les notes autour de ses thèmes de prédilection, et non dans l’espoir d’une transfiguration.

Déprimante, cette obsession pour la mort et la décrépitude du corps du Gilles Archambault des dernières années ? Pas si l’on prend le parti de rire en sa compagnie de la futilité, et de la fugacité, de tout.

Il y a beaucoup d’humour, forcément noir, au cœur de ces 100 très courts récits, une forme ayant toujours permis à l’écrivain de donner le meilleur de lui-même. En une seule page, l’octogénaire parvient souvent à déballer des aphorismes pénétrants et à laisser entendre qu’il n’y a rien de plus ridiculement arrogant que de jouer les aphoristes.

Tous les Gilles Archambault s’offrent donc leur tour de piste : le satiriste capable de subtilement épingler la suffisance d’un milieu littéraire doué pour l’autocongratulation (notre préféré), le grand timide dépité par le spectacle d’eux-mêmes auquel s’adonnent ses contemporains et l’homme de lettres fièrement confidentiel, préférant minimiser l’importance de son apport au monde plutôt que de risquer de passer pour vaniteux.

Mais à quoi bon ajouter un autre titre à une œuvre dont son auteur ne cesse lui-même de diminuer la valeur ? Au nom de ce qui surnage au-dessus du pessimisme de façade de Gilles Archambault, chez qui l’écriture permet d’alléger la désolation qu’inspirent le monde et le temps, mais aussi de goûter une seconde fois aux brefs instants de grâce qu’il nous a procurés.

Tu écouteras ta mémoire

★★★

Gilles Archambault, Boréal, Montréal, 2019, 136 pages