«Le tribunal de la rue Quirion»: quand on bute sur un os…

Avec ce cinquième livre depuis «L’affaire Mélanie Cormier», Guillaume Morrissette semble avoir trouvé des repères intéressants.
Photo: Buzz Productions Avec ce cinquième livre depuis «L’affaire Mélanie Cormier», Guillaume Morrissette semble avoir trouvé des repères intéressants.

En quelques années, Guillaume Morrissette aura réussi à se faire une place au registre plutôt mince des auteurs de polars québécois. Cet enseignant de l’UQTR n’a pas la fulgurance d’un Bouthillette ni d’un Michaud, pas la vision globale d’un Pelletier ni les audaces d’un Senécal, mais il sait raconter des histoires, c’est indéniable.

Avec ce cinquième livre depuis L’affaire Mélanie Cormier, paru en 2015 chez le même éditeur, Morrissette semble avoir trouvé des repères intéressants.

Deux enquêtes parallèles

Il nous plonge ici dans une histoire non résolue (un cold case, comme disent les cousins français) mise au jour par des enfants jouant à la guerre dans un sous-bois ; l’un d’eux a trébuché sur un « os de chien » qui se révèle être un péroné humain.

L’équipe de l’inspecteur Jean-Sébastien Héroux de la police de Trois-Rivières découvre rapidement que l’os est enterré là depuis près d’une vingtaine d’années.

Pendant que les policiers mènent leur enquête, les enfants du quartier décident de « trouver le coupable » eux aussi, et l’un d’eux institue une sorte de tribunal.

Tout le long, les deux enquêtes seront menées en parallèle à partir d’une même troublante donnée : quelqu’un est allé fouiller dans le bois entre la découverte des enfants et la visite des policiers.

La quête des limiers sera, évidemment, beaucoup plus approfondie ; ils identifieront vite celui qui est retourné sur le terrain boisé… et surtout le propriétaire du péroné — un certain Yan Sirois, porté disparu en 1997.

Ils découvriront aussi que le jeune Sirois était un « pionnier » d’Internet et fervent utilisateur des réseaux sociaux de l’époque (ICQ, MIRC). Après avoir retrouvé d’autres internautes de cette trempe, Héroux et ses collègues peuvent bientôt certifier la présence de Sirois à un GT (Get Together) organisé à Trois-Rivières en 1997… tout près du terrain boisé où les enfants ont trouvé le fameux os.

Ajoutez à cela quelques tiraillements à l’intérieur du Service de police de Trois-Rivières et vous avez le portrait global de cette « histoire non résolue » jusque-là.

On savait déjà qu’Héroux est un policier expérimenté, et il le démontre clairement ici : l’enquête est menée de façon efficace, systématique, brillante. Tellement, d’ailleurs, que l’incompétence crasse de ses supérieurs est encore plus évidente. Mais c’est sur un tout autre plan que Morrissette réussit à surprendre le lecteur : dans son traitement de la présence des enfants.

Par moments, on aura ainsi l’impression que cette histoire s’adresse à un jeune public tellement la forme même des dialogues et du récit colle à la logique d’une bande d’enfants de neuf ou dix ans. Même que l’accent sur le petit Baptiste et ses amis se fait souvent lourd et long : Morrissette s’y attarde beaucoup trop au détriment du récit. Un peu comme s’il butait sur un os. À répétition… Au point de faire du tiers du livre une histoire pour préadolescents.

Ce double registre est difficilement justifiable.

Extrait du «Tribunal de la rue Quirion»

« C’est cette personne qui est allée voir dans le bois après.

— En pensant que c’était un os de chien, comme les gamins ont raconté, ou bien en sachant qu’il appartenait à Yan Sirois ? s’interrogea Larivière.

— Ça, je peux pas dire, avoua Landry. Mais si c’était banal, y serait pas retourné le soir même, non ?

— On a parlé à presque tous les parents, et ils étaient là quand on a discuté avec leurs enfants, fit remarquer le chef. On voit les deux derniers cette semaine. Pour ce qui est de l’empreinte, Berberat ? On en a une, non ?

— Hum. Oui, adulte, c’est une trace qui était à gauche de l’endroit fouillé dans la pente, comme si quelqu’un avait pris appui pour remuer le sol. […] Un silence s’installa dans la salle.

— OK, déclara Héroux en se levant. Sirois est mort. Il est mort et on lui coupe une jambe sous le genou, pour une raison qui reste à déterminer. Quelqu’un se débarrasse de la jambe dans le parc Lausanne ; émettons l’hypothèse que c’est à l’époque de la disparition de Sirois, soit en 1997. Le temps fait son oeuvre, il reste seulement les ossements, et le jeune Jimmy Rawlings tombe dessus parfaitement par hasard en s’écartant du sentier pendant qu’il s’amuse dans le bois, il y a une semaine. Ses amis sont là, dix personnes au total savent qu’un os est dans la coulée. »

Le tribunal de la rue Quirion

★★★

Guillaume Morrissette, Guy St-Jean éditeur, Montréal, 2019, 398 pages