«Mon cœur après la pluie»: poésie d’un jour de classe

Comme pour ses récits poétiques écrits pour les jeunes, Pierre Labrie livre ici une histoire dans laquelle forme et fond s’unissent avec une aisance toute naturelle.
Photo: Soulières Comme pour ses récits poétiques écrits pour les jeunes, Pierre Labrie livre ici une histoire dans laquelle forme et fond s’unissent avec une aisance toute naturelle.

9 h 48. C’est jour de classe pour les enfants et il pleut. Tellement que même les récréations auront lieu dans l’école. Alors, « tout ce qui arrivera aujourd’hui arrivera à l’intérieur », observe en amorce le narrateur de Mon cœur après la pluie. La partie d’échecs avec Émile, la beauté d’Isabelle, son odeur, le sourire d’Annie tout comme les commentaires désobligeants de Tristan, tout sera vécu dans la proximité qu’entraîne cette journée sans soleil.

Comme pour ses récits poétiques écrits pour les jeunes, Pierre Labrie livre ici une histoire dans laquelle forme et fond s’unissent avec une aisance toute naturelle. Divisée en trois parties, l’histoire bat au rythme du son de la cloche qui détermine les activités des écoliers. Plus encore, elles reflètent les sentiments du garçon, depuis les premiers émois ressentis pour ses deux « amireuses » jusqu’à la confirmation de ses impressions, en passant par l’excitation de l’entre-deux. Le tout est enveloppé de l’écho de la pluie qui semble épouser les battements du cœur de l’enfant.

Si l’émotion vécue est palpable, que le bourdonnement de la classe se fait entendre comme si nous y étions, que Labrie parvient à parler d’amour, d’amitié et d’intimidation en renouvelant sans cesse la façon de faire, le ton du narrateur reste malheureusement parfois peu crédible. Ainsi, le garçon marche sous la pluie et se « surprend à aimer / l’eau fraîche qui se dépose doucement / sur [s]on visage ». Réflexion on ne peut plus étonnante pour un bambin qui a tout au plus 11 ans.

Il en est ainsi pour son sens aiguisé de l’organisation et des responsabilités. À 18 h 47, il sort de table, « prépare [son] lunch pour demain / range les aliments restants/dans le frigo / rempli[t] le lave-vaisselle / appuie sur le bouton démarrer / et / file vite dans [s]a chambre » pour faire ses devoirs. N’est-ce pas là un petit adulte en miniature ? Néanmoins, Mon cœur après la pluie est truffé de strophes lumineuses qui témoignent avec sensibilité et magnificence du quotidien d’un gamin.

Extrait de «Mon cœur après la pluie»

[15 h 01] je pense aussi/à ce que je devrais dire à Émile/sans gêne/lui dire pour Isabelle/pour Annie/lui dire que mon nez m’a ouvert les yeux/lui dire/aujourd’hui/que je vois Isabelle et Annie différemment/je me demande ce qu’il me dira/lui qui connaît les deux/depuis la maternelle/lui qui me connaît très bien/je me demande s’il a aussi remarqué/l’odeur d’Isabelle/le sourire d’Annie/mais plus j’y pense/Émile a probablement compris/deux grands amis/n’ont qu’à se regarder/pour se comprendre/nous qui arrivions/à prévoir le coup de l’autre aux échecs/mes grands questionnements/sont écourtés/par la demande de Madame Stéphanie/d’ouvrir notre cahier d’étude/à la page 42/elle recommence à parler de français/la compréhension d’un extrait/d’Alice au pays des merveilles

Mon coeur après la pluie

★★★

Pierre Labrie, Saint-Lambert, Soulières, 2019, 96 pages