«À la recherche d’Alice Love»: grands petits oublis

Saupoudré d’humour noir, le roman explore néanmoins avec une certaine agilité des thèmes graves. Le désir non assouvi d’avoir un bébé. La façon dont l’enfilade triviale des jours peut avoir raison d’un mariage heureux.
Photo: Albin Michel Saupoudré d’humour noir, le roman explore néanmoins avec une certaine agilité des thèmes graves. Le désir non assouvi d’avoir un bébé. La façon dont l’enfilade triviale des jours peut avoir raison d’un mariage heureux.

Le roman s’appelle À la recherche d’Alice Love, mais en fait, c’est Alice Love qui est à la recherche d’elle-même. Après une chute dans son cours de step, cette mère impliquée dans toutes sortes d’activités oublie les 10 dernières années de son existence. Ses souvenirs s’arrêtent ainsi à l’époque où elle n’était pas encore en froid avec l’amour de sa vie. Pas encore cette femme irritée qui enchaîne les séances d’aérobie plutôt que de s’entraîner à manger du chocolat.

C’est en partant de cette prémisse de roman-savon que l’Australienne Liane Moriarty construit une réflexion sur ce qui arrive quand on laisse la monotonie du quotidien gagner. Quand la vie de famille devient routinière et morne, quand la pression d’être une mère parfaite déforme une personnalité. Quand la seule véritable motivation se résume à entrer dans Le livre Guinness des records pour avoir confectionné « la plus grande tarte au citron meringuée du monde ».

L’univers vous est familier ? C’est qu’il est imaginé par la même plume qui a signé Petits secrets, grands mensonges (Big Little Lies), transposés à la télé par Jean-Marc Vallée. C’est d’ailleurs le succès de la série qui a mené à la traduction de ce troisième roman, paru en anglais en 2009. Référence pour les initiés : Alice rappelle la supermaman supermotivée qu’incarnait Reese Witherspoon dans l’oeuvre susmentionnée.

Les dialogues demeurent d’ailleurs une force de Moriarty, même si l’amnésie du personnage principal amène forcément la répétition : « Tu ne te souviens pas que tu as trois enfants ? J’ai trois enfants ? ! Tu as trois enfants. Tu ne te souviens pas que tu as demandé le divorce ? J’ai demandé le divorce ? ! Tu as demandé le divorce. »

Saupoudré d’humour noir, le roman explore néanmoins avec une certaine agilité des thèmes graves. Le désir non assouvi d’avoir un bébé. La façon dont l’enfilade triviale des jours peut avoir raison d’un mariage heureux.

C’est pourquoi, tandis qu’Alice tente de retrouver ses souvenirs, le lecteur, lui, finit par trouver un divertissement satisfaisant et cadencé qu’il ne voudra pas forcément oublier.
 

À la recherche d’Alice Love

★★★

Liane Moriarty, traduit de l’anglais par Béatrice Taupeau, Albin- Michel, Paris, 2019, 464 pages