«Maisons fauves»; inventaire incomplet

«Maisons fauves» est le parcours classique d’une reconstruction de soi à travers un exercice de mémoire.
Photo: Triptyque «Maisons fauves» est le parcours classique d’une reconstruction de soi à travers un exercice de mémoire.

« Je n’ai pas de souvenirs d’enfance », commence par annoncer Georges Perec dans W ou le souvenir d’enfance, avant d’essayer de nous en raconter. J’en ai trop, pourrait peut-être dire pour sa part Éléonore Goldberg, qui publie un premier roman dans lequel une narratrice, dont le parcours ressemble étroitement au sien, redécouvre et évacue ses souvenirs à travers les lieux qu’elle a habités.

Dans Maisons fauves, ainsi, une femme du nom de Greenberg entreprend de « raconter » ses maisons et d’enchaîner les lieux : le Val de Loire, Kinshasa, Brazzaville, Paris, Orléans, la Normandie, Montréal. « C’est difficile de se sentir chez soi quand on déménage souvent. »

Au souvenir de l’expérience africaine, à la fois tendue et solaire, succèdent la solitude et les persécutions de l’adolescence à Orléans, l’automutilation, l’anorexie, la découverte de sa judéité en même temps que celle d’un passé familial lié à l’Holocauste. Plus tard, de sombres épisodes amoureux à Montréal servent de prélude à un présent plus lumineux.

Le parcours classique d’une reconstruction de soi à travers un exercice de mémoire. « À repasser par mes maisons, à la recherche d’indices compromettants. Je suis à la fois la détective, la criminelle, le témoin et la victime. »

Inventaire de souvenirs

Née en France, Éléonore Goldberg s’est installée au Québec à l’âge de 20 ans après avoir passé une partie de son enfance au Congo.

À cet inventaire de souvenirs désordonnés, fragments épars, maisons, pièces, rencontres et émotions que dresse Maisons fauves à coups d’anecdotes parfois touchantes, mais cédant à la facilité du fragment, Éléonore Goldberg échoue à donner un sens et une forme.

Car c’est aussi à quoi sert la littérature, pour peu qu’elle serve à quelque chose : donner un sens au chaos de l’existence à travers des histoires qui, prises une à une, n’en ont pas toujours.

Extrait de «Maisons fauves»

« Aujourd’hui, je sais que je peux créer de la magie de mes propres mains. J’ai écrit mes souvenirs. J’ai redécouvert le passé. J’ai retrouvé l’enfant que j’ai été. Exhumé des souvenirs que je ne soupçonnais plus. Je n’ai plus besoin d’un signe.

J’ai besoin de travailler, de dessiner… d’écrire. Au risque de transformer ma mémoire, et ma vie. Il y a tant d’histoires encore à raconter. »

Maisons fauves

★★★

Éléonore Goldberg, Triptyque, Montréal, 2019, 334 pages