«Le cimetière de l’espérance»: retour sur «le malheur soviétique»

Au fil des textes, Werth montre les «espoirs déçus, brisés, trahis» des intellectuels et du peuple envers le pouvoir central.
Photo: Perrin «Tempus» Au fil des textes, Werth montre les «espoirs déçus, brisés, trahis» des intellectuels et du peuple envers le pouvoir central.

À la fois objet d’attraction et de répulsion, l’Union soviétique intéresse encore les historiens. À une production abondante, parfois polémique, on peut ajouter ce recueil de 22 essais rigoureux et accessibles rédigés par Nicolas Werth, spécialiste de l’histoire de l’URSS. D’abord publiés dans le mensuel L’histoire entre 1981 et 2016, les textes ont été mis à jour pour cette édition.

À la lumière d’une historiographie en renouvellement depuis l’ouverture des archives soviétiques, Werth nous plonge dans l’expérience concrète du totalitarisme dans la société soviétique. De la révolution d’Octobre 1917 à la dissolution de l’URSS en 1991, il décrit, entre autres, la prise du pouvoir par les bolcheviks, les guerres civiles russes, la Grande Guerre patriotique, les derniers jours de Staline et l’accident nucléaire de Tchernobyl.

La glasnost

L’historien rappelle que Mikhaïl Gorbatchev exploita l’événement en instaurant une politique de transparence (glasnost) qui marqua une révolution des esprits.

 

Au fil des textes, Werth montre les « espoirs déçus, brisés, trahis » des intellectuels et du peuple envers le pouvoir central. Il s’attarde aussi aux crises politico-idéologiques, économiques et démographiques ayant façonné le pays.

Enfin, ses essais sur les famines programmées de 1932-1933, les meurtres de masse perpétrés lors de la Grande Terreur de 1937-1938 et le Goulag témoignent de « la violence permanente exercée par le pouvoir contre la société soviétique ».

Source de souffrances et d’espérance, « le régime soviétique a tant constitué la matière et l’horizon du [XXe] siècle que sa fin sans gloire, après une durée si brève, forme un surprenant contraste avec l’éclat de son cours », écrivait François Furet dans Le passé d’une illusion (1995).

De fait, cette synthèse rappelle que l’idéal de fraternité universelle a tragiquement côtoyé la toute-puissance de l’État et les crimes commis contre un peuple entier.

Le cimetière de l’espérance: Essais sur l’histoire de l’Union soviétique, 1914-1991

★★★ 1/2

Nicolas Werth, Perrin « Tempus », Paris, 2019, 476 pages