«Les outrages»: sans foi ni loi

Kaspar Colling Nielsen va dans tous les sens avec ses personnages sans complexité, son assemblage d’audace sexuelle facile et d’islamophobie primaire.
Photo: Isak Hoffmeyer Kaspar Colling Nielsen va dans tous les sens avec ses personnages sans complexité, son assemblage d’audace sexuelle facile et d’islamophobie primaire.

Dans un futur proche, alors que le Danemark connaît une crise sécuritaire sous la pression de l’afflux d’immigrants et de réfugiés — surtout musulmans —, le propriétaire d’une galerie d’art contemporain de Copenhague et sa femme, médecin et chercheuse de pointe en neurologie, décident de déménager sur l’île de Lolland, dans la mer Baltique.

Ils vont rejoindre une communauté élitiste et protégée, férue d’écologie, où les cochons se promènent en liberté, vouée à la recherche de pointe en intelligence artificielle, laissant derrière eux un Copenhague militarisé qui croule sous le crime et les manifestations.

C’est le cœur du troisième roman du Danois Kaspar Colling Nielsen, Les outrages — son premier traduit en français —, qui accumule sous le couvert d’une dystopie les couches de provocation dans une atmosphère généralisée d’Occident en crise et de dégénérescence morale.

Ancien punk devenu galeriste underground un peu par hasard, Stig, 58 ans, suit sa femme un peu à contrecœur. Leur fille Emma, anorexique et suicidaire, va plutôt trouver un sens à sa vie en partant faire du bénévolat au Mozambique, où le Danemark, pour régler son problème migratoire, loue un vaste territoire. À Frederiksstad, une ville de réfugiés, « sûre et offrant une alternative pleine de promesses à leur terre natale », a été construite avec des conteneurs Maersk et peut héberger 300 000 personnes.

En parallèle, l’un des peintres qu’il représente va s’amouracher d’une fille de 18 ans à la sexualité sans limites. Quelques mois plus tard, apprenant qu’elle est enceinte et qu’elle souffre de déficience mentale — il n’avait jamais voulu s’en apercevoir —, l’artiste décidera de devenir son tuteur en « l’achetant » à sa sœur.

Tandis que sur l’île Elisabeth et les autres chercheurs sont chargés de développer drones, robots et systèmes d’intelligence artificielle, que des émeutes éclatent aussi auMozambique, Stig va voler à son poulain l’idée d’une performance au musée Louisiana intitulée Le printemps européen — titre original du roman en danois —, où de jeunes femmes allaitent un vieillard en public.

Faisant alterner son récit nourri d’humour noir avec des dialogues animaliers situés dans un futur encore plus lointain, Kaspar Colling Nielsen va dans tous les sens avec ses personnages sans complexité, son assemblage d’audace sexuelle facile et d’islamophobie primaire.

Parler de Kaspar Colling Nielsen comme du « Houellebecq danois », comme le fait l’éditeur, relève d’un triste raccourci pour décrire l’auteur de ce roman, certes pessimiste, mais bavard, trop long, plus faible que provocateur, et qui aurait pu être amputé de moitié.

On pourrait toujours, il est vrai, se perdre en hypothèses quant à la signification du roman, mais à la vue des défauts qui l’affligent, ce serait prêter peut-être trop d’esprit à son auteur.

Extrait de «Les outrages»

« L’Europe avait beaucoup changé en deux ans. On avait commencé à regarder les musulmans autrement, et ce n’était pas dû au terrorisme. Ni à la surreprésentation des musulmans dans les statistiques sur les violences et la criminalité dans son ensemble, ni au fait que la troisième génération d’immigrés s’en sortait aussi mal à l’école et dans la société que la première. Une nouvelle idée se répandait : l’Europe était en guerre contre l’Islam, pas parce que les Européens le voulaient, mais parce que la plupart des musulmans le voyaient ainsi. »

Les outrages

★★★

Kaspar Colling Nielsen, traduit du danois par Alex Fouillet, Calmann-Lévy, Paris, 2019, 414 pages