«Un certain Paul Darrigrand»: nous avions la clandestinité

Besson continue de renouer avec ses premières amours, d’être rattrapé par ses passions de jeunesse, des histoires clandestines, pour ne pas dire impossibles, mais qui n’en sont pas moins initiatiques, et même fondatrices.
Photo: Julliard Besson continue de renouer avec ses premières amours, d’être rattrapé par ses passions de jeunesse, des histoires clandestines, pour ne pas dire impossibles, mais qui n’en sont pas moins initiatiques, et même fondatrices.

En 2017, avant Un personnage de roman, un livre étonnamment consacré à la conquête de l’Élysée par Emmanuel Macron, Philippe Besson offrait son opus le plus intime, le plus impudique et peut-être même le plus poignant : Arrête avec tes mensonges.

Après s’être longtemps « caché » derrière des personnages, avoir soigneusement transposé et transformé la réalité, le prolifique écrivain français laissait tomber les masques, apportant à sa prose un souffle nouveau, un élan inédit.

Dans Un certain Paul Darrigrand, Besson continue de renouer avec ses premières amours, d’être rattrapé par ses passions de jeunesse, des histoires clandestines, pour ne pas dire impossibles, mais qui n’en sont pas moins initiatiques, et même fondatrices.

Ce faisant, l’auteur nous donne accès à la genèse de son univers romanesque, des références, des récurrences, des motifs et des obsessions dont ses fidèles lecteurs, notamment ceux de Son frère et de Un garçon d’Italie, vont se régaler : « Aujourd’hui, voilà que je vous montre l’envers du décor. La réalité derrière la fiction. »

1989, c’est l’année où Philippe, 22 ans, tombe follement amoureux de Paul Darrigrand, un collègue d’université qui ressent la même chose que lui, mais qui, marié, réclame le secret, la duplicité et la dissimulation. 1989, c’est également l’année où le jeune homme apprend qu’il est atteint de thrombopénie, un abaissement pathologique du nombre de plaquettes sanguines, une condition qui va lui faire frôler la mort.

Pareil coup du sort permet à l’auteur d’entrelacer l’ombre et la lumière, l’horreur et l’extase, les balafres et les baisers.

Malgré une émouvante conclusion, d’ailleurs montréalaise, le récit n’est pas aussi bouleversant que celui d’Arrête avec tes mensonges. Cela dit, le ton est assez juste, la langue assez souple et le style assez captivant pour qu’on attende avec impatience le prochain chapitre des amours contrariées et néanmoins lucides de Philippe Besson.

Un certain Paul Darrigrand

★★★

Philippe Besson, Julliard, Paris, 2019, 216 pages