«Migration»: voyager contre vents et marées

Jenni Desmond
Photo: Jenni Desmond

De la baleine à bosse jusqu’aux crabes rouges de l’île Christmas, en passant par les libellules, les colibris et les sardines, plusieurs animaux, en véritables nomades, prennent la route tous les ans afin d’assurer la survie de leur espèce, et ce, depuis la nuit des temps. Sur une Terre non seulement menacée, mais de plus en plus fouettée par le désastre écologique et l’activité des hommes, la résilience de ces bêtes devient un mode de vie.

Loin d’offrir un documentaire commun, de remâcher le parcours 1000 fois lu ou entendu, le Britannique Mike Unwin, spécialisé en histoire naturelle, présente avec Migration une véritable plongée au coeur de la vie grouillante, étonnante et souvent surréaliste de 20 espèces triées sur terre, dans l’eau et dans les airs. Bien sûr, la traversée houleuse et épique des monarques, qui prennent quatre générations pour assurer l’entièreté du voyage, est bien connue, tout comme celle des manchots empereurs, qui parcourent 100 kilomètres pour arriver au lieu de reproduction. Au-delà de ces informations, l’art de raconter d’Unwin nous invite à découvrir les espèces sous un angle poétique.

S’adressant directement au lecteur, l’auteur raconte chaque migration à la manière d’une historiette. Les animaux sont nichés dans un contexte précis, un espace-temps permettant de prendre le pouls du périple. Sur l’île Christmas, le narrateur ordonne d’arrêter la voiture. « Une rivière rouge passe en travers de la route. Il va falloir attendre. » Nous sommes en novembre et des milliers de crabes rouges prennent la route vers la mer pour pondre. Et que dire de la sterne arctique qui assure la migration la plus longue du règne animal. Au cours de sa vie, elle parcourt « une distance égale à trois allers-retours entre la Terre et la Lune ».

La vulgarisation des informations est enrobée de poésie, assurant ainsi une lecture non seulement instructive, mais lumineuse. À cela s’ajoutent les peintures de Jenni Desmond, qui enveloppent et appuient avec délicatesse le propos d’Unwin. L’artiste anglaise met en scène avec finesse et détails des univers tout aussi différents que celui d’une forêt peuplée de monarques, la course folle d’un banc de sardines en plein coeur de l’océan ou la traversée de caribous affrontant avec leurs petits le fort courant d’une rivière. Les doubles pages illustrées permettent de plonger dans la réalité distincte et émouvante des espèces migratoires.

En conclusion, Unwin et Desmond offrent une carte du monde où est reproduit le parcours des animaux présentés. En un clin d’oeil, le lecteur visualise la route énorme qu’entreprennent certains. Un « Savais-tu ? » titille ensuite la curiosité en étirant un peu l’apprentissage. Enfin, un bref paragraphe évoque les dangers rencontrés par les animaux au cours de leur traversée, l’homme étant un obstacle majeur à leur dessein. Évitant le ton moralisateur, tout en préservant le sérieux du problème, l’auteur assure ici une présentation qui témoigne de la force, mais aussi de la vulnérabilité des bêtes, l’homme étant partie prenante de cet écosystème.

Extrait de «Migration»

« Le frémissement de la forêt. Dans une forêt montagneuse du Mexique, des papillons dansent dans les airs. Comme une nuée de confettis, leurs petites ailes couleur pêche virevoltent dans le soleil d’hiver. Des milliers d’autres papillons se regroupent sur les branches des sapins oyamel, où ils forment un épais manteau. Impossible de les compter, il y en a des millions… Ces gracieux papillons s’appellent des monarques […] Au cours de leur migration, [ils] peuvent parcourir jusqu’à 100 kilomètres par jour, en profitant des vents forts pour avancer. Pour cet insecte plus léger qu’un trombone, c’est un voyage incroyable ! Les scientifiques ne savent pas vraiment comment font les papillons pour trouver leur chemin vers une forêt située à des kilomètres de là, qu’ils n’ont jamais vue auparavant ».

 

Migration

★★★★

Mike Unwin et Jenni Desmond, traduit de l’anglais par Sébastien Cordin, Éditions des Éléphants, Paris, 2018, 48 pages