Les flâneurs


Odile Tremblay

Les remparts d’hier
J’ai lu en réédition dans la «Bibliothèque québécoise» le roman d’Andrée Maillet Les remparts de Québec, paru en 1964 aux Éditions du Jour. En nos temps de prise de parole féminine, ce cri de liberté d’une jeune narratrice qui secoue tous les jougs mérite d’être redécouvert et savouré: pour la beauté et la sensibilité de la prose de Maillet, pour le voyage dans le temps en pleine Révolution tranquille, pour la révolte et le désir d’indépendance omniprésents et parce que cette romancière montréalaise formidable demeure hélas trop méconnue.


Caroline Montpetit

Cette nuit, la liberté
La fuite vertigineuse et affolée des esclaves américains fugitifs à travers les États-Unis est difficile à imaginer en 2019. Colson Whitehead a mûri le livre Underground Railroad durant une décennie, avant de publier le roman qui lui a valu le prix Pulitzer de fiction en 2017. On y suit la jeune Cora dans sa fuite, et sa poursuite par un chasseur d’esclaves à travers différents États américains, de la Caroline du Sud à l’Indiana. L’être humain y apparaît sous ses pires et ses meilleurs aspects, surtout les pires, et l’esclavage dans toute son horreur. À lire pour mieux comprendre des événements tristement fondateurs de l’Amérique d’aujourd’hui.


Louise-Maude Rioux Soucy

Demain, tous cyborgs ?
Quatre années de recherche auront servi de socle à Post Humains. Dans cette brillante proposition alliant autofiction et théâtre documentaire, Dominique Leclerc prend son diabète pour prétexte afin d’explorer les technologies défendues par les transhumanistes dans le but avoué de faciliter son quotidien, voire le transformer. Publié chez L’Instant même, son texte vibre d’intelligence. Oscillant sans cesse entre adhésion et dénonciation, sa réflexion est livrée avec une bienveillante humanité et une exigence aiguë du détail dans une formule décrispée et inventive qu’il est possible d’attraper à nouveau à l’Espace libre jusqu’au 9 février.


Valérie Duhaime

Mouton noir
À 11 ans, Cornelius Walker quitte Londres après le meurtre d’un garçon, noir comme lui. Il se retrouve à Essex, dans un quartier entièrement blanc et peuplé de jeunes racistes. Pour survivre, il intègre leur bande, en dépit de leur violence. Commandé par le quotidien The Guardian, Black Sheep, joué par des acteurs sur les lieux exacts de la tragédie, est nommé aux Oscar dans la catégorie des documentaires courts. On touche ici à la colère d’un garçon coincé entre le désir de se fondre dans le décor et la laideur de ce même décor. À voir sur le site de The Guardian.