«Un sacré gueuleton»: Jim Harrison, modéré à l’excès

Chroniques gastronomiques toutes plus délirantes les unes que les autres, publiées à partir de 1981 dans divers magazines américains.
Photo: Flammarion Chroniques gastronomiques toutes plus délirantes les unes que les autres, publiées à partir de 1981 dans divers magazines américains.

Barbue chaude au fumet de fenouil, joues de porc à l’italienne, monceaux d’abats, tamales à la viande de wapiti, litres de Romanée-Conti, de Bandol, de grappa.

Multipliez ça par mille, ajoutez-y un peu de poudre de perlimpinpin, et vous aurez une petite idée de l’appétit surhumain de Jim Harrison, décédé en mars 2017 à l’âge de 79 ans.

Une longévité plus que respectable, quand on connaissait le sens de la démesure de l’auteur de Légendes d’automne et de Dalva. Ses Aventures d’un gourmand vagabond et En marge (Bourgois, 2002 et 2003), ses mémoires, nous en avaient donné déjà un bon aperçu. L’écrivain, qui n’aurait fait qu’une bouchée du nouveau Guide alimentaire canadien, vivait à l’évidence comme il écrivait : avec les deux mains dans le plat et un appétit sans fin. Et surtout sans avoir peur de se salir.

Chroniques gastronomiques toutes plus délirantes les unes que les autres, publiées à partir de 1981 dans des magazines américains, de Smoke Signals au New Yorker, Un sacré gueuleton rassemble 47 méditations sur la nourriture, le vin et l’écriture dont la règle de base est d’être « modéré à l’excès ».

Un « déjeuner » de 37 plats

Il nous promène de son ranch du Montana à un « déjeuner » de trente-sept plats dans un restaurant de trois étoiles en Bourgogne, en passant par la Patagonie et le souvenir d’un souper gargantuesque en compagnie d’Orson Welles. Pour cet ogre amateur de chasse et de pêche, de piments forts et de vin rouge, manger est de l’ordre du spirituel.

Mais qu’on se rassure, « Big Jim » n’est pas totalement omnivore. À preuve : « La viande d’écureuil me laisse froid. Ça me fait penser à un bébé extraordinairement prématuré. » Et puisque nous y sommes : le contenu de ce livre pourrait choquer certains adeptes du véganisme. Nous préférons les en avertir.

C’est brouillon, parfois sans queue ni tête, mais c’est surtout terriblement passionné, jouissif et gorgé d’humour. Tout ça couronné d’une philosophie à la logique implacable : « Tout ce qui vit finit en étron. »

Extrait de «Un sacré gueuleton»

« Mon authentique révolution personnelle a eu lieu l’automne dernier, à Parme, en Italie. J’ai découvert que je pouvais boire un verre de Prosecco di Valdobbiadene, puis reprendre mon dur labeur de touriste. Je préfère naturellement les marchés aux cathédrales. Quand je bois un verre de rouge, j’ai surtout envie d’en boire un autre. J’ai passé des heures dans le splendide marché de Modène en n’ayant bu qu’un seul verre de Prosecco. J’ai même découvert qu’en faisant la cuisine en buvant du Prosecco, on ne bousillait pas la recette. »

Un sacré gueuleton

★★★★

Jim Harrison, traduit de l’anglais par Brice Matthieussent, Flammarion, Paris, 2018, 384 pages