«L’histoire en retard»: déjouer l’attente

Grâce à son trait délicat, naïf et franc, Coppo invite tout naturellement l’œil à dépister l’élément nouveau sur chacune des pages.
Photo: Comme des géants Grâce à son trait délicat, naïf et franc, Coppo invite tout naturellement l’œil à dépister l’élément nouveau sur chacune des pages.

« Il était une fois, une page blanche… qui ne fut pas blanche très longtemps. » En effet, cinq personnages, l’air un peu ahuri, apparaissent aussitôt pour colorer le décor et mettre fin à l’immobilité.

Que se passe-t-il exactement dans cette immensité blanche ? Où sont-ils ? L’un d’eux affirme alors qu’ils sont dans un livre. Ah ! Eh bien, la meilleure chose à faire dans ce cas est d’attendre l’histoire, suggère un autre.

Si l’attente est sagement et surtout résolument vécue par quatre d’entre eux, le plus petit déserte leur compagnie et s’invente un monde sur la page de gauche.

Maniant l’art du détail, taquinant l’imaginaire avec une souplesse et une subtilité enviables, Marianna Coppo livre, avec L’histoire en retard, une ode à la simplicité et à l’inventivité.

Alors que le quatuor, toujours au cœur du vide, discute de rien et de tout, l’autre bricole, ajoutant tranquillement, mais sûrement, une composante de plus à son microcosme. Un arbre d’abord, puis un oiseau, un nuage, une balançoire, quelques animaux, etc.

Grâce à son trait délicat, naïf et franc, Coppo invite tout naturellement l’œil à dépister l’élément nouveau sur chacune des pages, joue d’interactivité avec le lecteur intrigué, attiré par ce décor qui prend vie, par ces personnages qui s’additionnent. Et, petit à petit, mine de rien, les univers s’unissent et forment en fin de compte une histoire bien remplie.

La jonction entre les clans se fait tout en douceur, laissant d’abord un personnage s’avancer légèrement sur la page de droite, puis d’autres traversent complètement la pliure jusqu’à ce feu de camp qui flambe en plein centre, éliminant définitivement la frontière entre les deux mondes.

La simplicité et la brièveté des dialogues, ainsi que la place réservée au silence, permettent aux illustrations de se raconter et, au lecteur, d’oublier l’attente afin de prendre part à cette célébration de la créativité et de l’amitié.

Extrait de «L’histoire en retard»

« — Je pense que nous sommes dans un livre. — Ah, je vois ! — Alors il faut attendre l’histoire ! — Bonne idée ! Attendons l’histoire ! — Venez-vous jouer ? — Chhhut ! — Tu ne vois pas qu’on est occupés ? — Ce n’est pas le moment de jouer. — Nous attendons que l’histoire arrive ! — Pffff… Ce n’est pas amusant ! […] Sommes-nous certains que l’histoire va arriver ? — Je ne sais pas, mais attendons de voir. — C’est long ! Dans mon temps les histoires arrivaient à l’heure ! »


 

L’histoire en retard

★★★★

Marianna Coppo, traduit de l’anglais par Nadine Robert, Comme des géants, Montréal, 2019, 48 pages