Des dizaines de fictions en provenance de l’étranger

Le romancier turc nobélisé Orhan Pamuk
Photo: Ulises Ruiz Agence France-Presse Le romancier turc nobélisé Orhan Pamuk

Alors que l’incertitude semble flotter plus que jamais autour du Brexit, avec De l’Angleterre et des Anglais (Gallimard, 6 février), recueil de nouvelles, Graham Swift nous livrera une cartographie émotionnelle et humaine de son pays tout en présentant une vision vivante et cosmopolite de la société britannique.

Après avoir fait le plein de lecteurs avec les quatre tomes de L’amie prodigieuse, et tout en conservant précieusement son anonymat, l’écrivaine italienne Elena Ferrante se livre à une sorte d’autoportrait dans Frantumaglia(Gallimard, 23 janvier), une mosaïque de lettres échangées avec son éditeur italien, de textes et d’entretiens qui devraient nous éclairer sur sa démarche de création.

Récompensé par le plus prestigieuxprix littéraire belge, Trouble (Stock, février), sixièmeroman de l’écrivain belge néerlandophone Jeroen Olyslaegers, raconte le conflit moral, 60 ans plus tard, d’un homme qui avait été incapable de choisir son camp pendant le Seconde Guerre mondiale.

Photo: Jemal Countess Agence France-Presse Le Norvégien Karl Ove Knausgaard

Dans Comme il pleut sur la ville (Denoël, 23 janvier), le cinquième et avant-dernier volet de sa colossale saga autobiographique, le Norvégien Karl Ove Knausgaard nous entraîne cette fois à la fin des années 1980, racontant en 848 pages son inscription, à 19 ans, dans la prestigieuse académie d’écriture de Bergen et ses difficiles débuts littéraires.

Kaspar Colling Nielsen, que son éditeur français présente comme le « Houellebecq danois », frappe fort avec Les outrages (Calmann-Lévy, 11 février), une satire explosive où, dans une Europe à vif, le Danemark décide de louer un territoire sur la côte du Mozambique où il exporte tous ses immigrés, y construisant une ville pouvant héberger 300 000 personnes avec des conteneurs Maersk. Autre écrivain originaire du Royaume du Danemark, Peter Høeg (Smilla et l’amour de la neige, 1995) nous revient avec Le pouvoir de Susan (Actes Sud, 7 février), un thriller politique et scientifique inclassable révélant une société occidentale au bord du chaos.

Toujours en Scandinavie, Fair-play (La Peuplade, 29 janvier), de l’écrivaine, peintre et illustratrice finlandaise de langue suédoise Tove Jansson, créatrice des célèbres Moumines — sympathique famille de trolls ressemblant à des hippopotames —, est un roman paru en 1989 qui explore avec finesse la relation amoureuse de deux femmes artistes.

 
Photo: Hans Paul Lehtikuva Agence France-Presse L’écrivaine, peintre et illustratrice finlandaise de langue suédoise Tove Jansson

Le même éditeur nous donnera un second livre de l’écrivain islandais Gyrðir Elíasson (Les excursions de l’écureuil) avec Au bord de la Sandá (12 février). Un récit contemplatif dans lequel un homme vit et peint dans une roulotte installée près d’une rivière glaciaire en Islande.

Tandis que Bernard Schlink (Le liseur) nous revient avec Olga (Gallimard, 23 janvier), l’histoire d’un amour confronté aux rêves de grandeur d’une nation de la fin du XIXe siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’Autrichien Robert Menasse (La pitoyable histoire de Leo Singer) publie La capitale (Verdier, février), fable burlesque qui s’ouvre sur l’agression d’un Turc par un cochon en liberté dans le centre de Bruxelles.

Fin de parcours pour l’écrivain allemand Edgar Hilsenrath, mort le 30 décembre 2018 à l’âge de 92 ans et qui s’était rendu célèbre avec Le nazi et le barbier, une impitoyable satire sur les juifs et les SS. Son dernier livre, Terminus Berlin (Le Tripode, mars), est la chronique d’un retour désenchanté en Allemagne.

Du côté russe

Côté russe, il faudra compter sur Texto, de Dmitry Glukhovsky (Atalante, 27 février), une descente aux enfers dans laquelle, de retour chez lui après sept années de détention dans un camp de Sibérie, un homme tue le policier qui l’avait piégé. S’étant fait un nom avec l’inoubliable Volia volnaïa il y a deux ans, Victor Remizov continuera d’explorer, avec Devouchki (Belfond, fin février), les paradoxes d’une Russie à deux vitesses, entre les grands espaces sibériens et la frénésie chaotique de Moscou.

Avec La femme aux cheveux roux (Gallimard, en mars), son 10e roman, exploration complexe des relations père-fils, le romancier turc nobélisé Orhan Pamuk semble renouer avec l’esprit de ses premiers romans, comme Neige et La maison du silence.

L’écrivain grec Petros Markaris, auteur dramatique, traducteur de Brecht et de Goethe, scénariste de Theo Angelopoulos, appartient à la famille des auteurs de romans policiers en colère, comme Mankell et Montalbán, avec les enquêtes de son commissaire Kostas Charitos (Liquidations à la grecque, Le justicier d’Athènes, etc.). Dans Trois jours (Seuil, 26 mars), un recueil de huit nouvelles, l’auteur nous promène dans le temps et dans l’espace, de la Grèce contemporaine à celle des colonels, de l’Allemagne d’aujourd’hui à celle de 1944, d’Athènes à Istanbul durant les pogroms visant la communauté grecque.

L’écrivain israélien Sayed Kashua, qui nous avait donné Les Arabes dansent aussi, raconte avec un mélange d’ironie et de mélancolie, dans Les modifications (L’Olivier, avril), le retour au pays d’un Arabe israélien expatrié aux États-Unis. De son côté, Avraham B. Yehoshua publiera Le tunnel (Grasset, mars), sorte de fable douce-amère dans laquelle il explore une fois de plus les contradictions de la société israélienne.

En exil à Londres depuis 1999 et considéré par le Prix Nobel Gao Xingjian comme « l’une des voix les plus importantes et les plus courageuses de la littérature chinoise contemporaine », Ma Jian (Chemins de poussière rouge, La route sombre) publie China Dream (Flammarion, 14 février), un roman mélangeant fiction et réalité dans lequel l’écrivain dresse un portrait subversif de la Chine d’aujourd’hui, livrée au « rêve chinois » du président Xi Jinping.

Pays-prison

Romancière nord-coréenne qui a fui son pays pour la Corée du Sud dans les années 2000, Kim Yu-kyeong revisitera son ancien « pays prison » dans Le camp de l’humiliation (Philippe Picquier, 19 mars).

L’Argentine Paula Porroni livre, avec Bonne élève (Noir sur Blanc « Notabilia », février), un premier roman « optimiste et désespéré » campé dans un pays en crise. Enfin, avec La procession infinie, l’écrivain péruvien Diego Trelles Paz (Buchet-Chastel, février) nous donnera un roman noir et polyphonique campé dans un pays, le Pérou, traumatisé par son histoire politique récente.