Jeunesse: entre nouveautés et classiques revisités

Sandra Dumais, auteure et illustratrice à la plume et aux pinceaux minutieux
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Sandra Dumais, auteure et illustratrice à la plume et aux pinceaux minutieux

Depuis la toujours très percutante Susin Nielsen jusqu’à Sandra Dumais, auteure et illustratrice à la plume et aux pinceaux minutieux, en passant par les désormais célèbres Michaël Escoffier, Benjamin Lacombe et Clotilde Perrin, l’édition jeunesse fourmille de titres à découvrir ce printemps. Arrêt sur quelques-unes des propositions qui piquent notre curiosité.

Née en Nouvelle-Écosse, ayant grandi à Toronto, Sandra Dumais a adopté Montréal depuis un moment déjà, où elle passe beaucoup de temps à dessiner, notamment des cartes de souhaits. Mais voilà que, pour une première fois, elle se lance dans l’écriture et l’illustration jeunesse avec L’affaire de l’oeuf disparu, premier titre de la série « Crimes à la ferme ! » publiée à La courte échelle. Présentée sous forme de bande dessinée, l’intrigue nous plonge dans une enquête policière menée par un détective peu compétent. On y découvre un univers animalier humoristique, peuplé de détails, de dialogues courts, enlevants, de personnages colorés et rafraîchissants, le tout grâce à un trait tout simple, précis et fort agréable à l’oeil. À découvrir dès février.

Ces tout-petits auront beaucoup à voir et à lire dans les prochains mois. Dans le lot, retenons Le royaume de RIEN DU TOUT, album de Ronald Wohlman illustré par Dylan Hewitt, qui offre une ode à la simplicité. Dans ce royaume enviable, roi, reine et enfants s’amusent avec le vent, l’eau, le soleil, la lune et les étoiles. Rien d’autres pour déranger leur quiétude. Les illustrations épurées appuient avec éloquence ce thème très tendance. (Comme des géants, en février.)

On ne peut non plus passer à côté du duo que forment Michaël Escoffieret Kris Di Giacomo qui, avec La petite bûche, s’amusent dans une suite truculente de jeux de mots et de quiproquos savoureux. Un ours aux tendances dyslexiques essaie d’écrire sa première histoire mais se voitcontinuellement arrêté dans sa démarche par un ami plutôt très critique. (D’eux, en mars.)

Chez Albin Michel, l’incontournable et incandescent duo Sébastien Pérez et Benjamin Lacombe revisite Le magicien d’Oz. Écrit par Lyman Franck Baum en 1900, ce classique de la littérature américaine — une fois passé sous l’oeil de Pérez — est raconté ici par l’écervelé épouvantail. La candeur du ton prend le dessus lors de cette traversée singulière et riche en réflexion.

Cet album paraît dans « Les classiques illustrés », une toute nouvelle collection dirigée par Lacombe dans laquelle figureront aussi Pinocchio, de Carlo Collodi, illustré par Justine Brax, et La Petite Poucette, d’Andersen, illustré par Marco Mazzoni. Ça promet.

Romans pour ados

Après l’effrayant et atmosphérique Guillotine (2016), Véronique Drouin revient en mars chez Québec Amérique avec un titre qui risque de faire frissonner. Avec Rivière-au-Cerf-Blanc, l’auteure offre un roman d’horreur en pleine nature, le tout saupoudré de fantastique et de suspense, où elle raconte l’histoire d’Estelle qui voit son séjour amoureux en forêt tourner au cauchemar.

Tout autre univers, mais non moins percutant, celui que Susin Nielsen proposera avec Sans domicile fixe, une réflexion aux accents sociologiques. Félix, 12 ans, et sa mère Astrid se voient expulser de leur appartement à la suite du congédiement de cette dernière, peu encline à garder ses emplois et ses logements. Sans ressources, ils trouvent refuge dans une camionnette. Cette réalité, peu honorable, pousse Astrid à menacer son fils de se retrouver en famille d’accueil s’il répand la nouvelle de leur nouveau statut. La honte et le regard de l’autre se mêlent aux difficultés de l’itinérance. À découvrir début mai à La courte échelle.

Le documentaire

Après À l’intérieur des méchants et À l’intérieur des gentils, la Vosgienne Clotilde Perrin revient en janvier avec À l’intérieur de mes émotions, album documentaire fait de nombreux rabats, languettes et autres petites trappes qui nous présentent les personnages de l’intérieur et en font un album interactif.

Fidèle à sa verve habituelle, à l’angle singulier emprunté pour traiter de sujets mille fois entendus, l’auteure et illustratrice décomplexe les émotions et surtout la façon d’en parler. Elle parvient ainsi à personnifier la joie, la peur, la colère, la tristesse et le dégoût, qui se dévoilent sous un jour nouveau.

Chacune de ces émotions, contrairement aux idées reçues, a des envies, des jeux préférés, des points forts et des points faibles, et plus encore. C’est à ne pas manquer au Seuil en janvier.