Rentrée essais étrangers: des lubies, des robots mais aussi des idées

Le président Donald Trump
Photo: Jim Watson Agence France-Presse Le président Donald Trump

Il est cocasse que les lubies de Donald Trump, le moins intellectuel des présidents américains que l’on puisse imaginer, servent de prétexte à de savants essais qui visent à révéler les dernières tendances de l’esprit contemporain ! Dans Postvérité et autres énigmes (PUF, 26 février), le philosophe italien Maurizio Ferraris démontre que, grâce à Trump, le refus de la vérité objective est devenu pour nombre d’électeurs une option politique crédible.

Basés à New York, les auteurs de Nouveau pouvoir (Plon, 24 janvier), Jeremy Heimans, cofondateur de Purpose, organisme qui soutient des réseaux sociaux sur le Web, et Henry Timms, rattaché à Stanford, examinent « comment marche le pouvoir dans un monde hyperconnecté » en cernant des phénomènes aussi différents que le mouvement #MeToo ou le succès de Trump.

Les politologues américains DanielZyblatt et Steven Levitsky expliquent, dans La mort des démocraties (Calmann-Lévy, 11 mars), que l’arrivée de Trump au pouvoir résulte de la dégradation de la vie démocratique.

Fasciné par l’influence du Web et par le progrès technologique en général, l’essayiste français Laurent Alexandre s’interroge toutefois sur les dangers que représente l’intelligence artificielle (IA), au point de consacrer un ouvrage au problème : L’IA va-t-elle aussi tuer la démocratie ? (JC Lattès, 18 mars). L’économie de la connaissance serait-elle en train de devenir un outil de désinformation et de contrôle policier ?

Les algorithmes

Algorithmes. La bombe à retardement (Les Arènes, en librairie), de la mathématicienne américaine Cathy O’Neil, révèle que les algorithmes, opérations logiques résolvant un problème et liées à l’intelligence artificielle par leur puissance de calcul exponentielle, feraient le jeu d’un profit déshumanisant en politique, dans l’emploi, l’éducation, la consommation. En attendant les robots (Seuil, fin février), du sociologue français d’origine italienne Antonio A. Casilli, prévoit la montée d’une main-d’oeuvre défavorisée chez les tâcherons du clic.

Photo: Ralph Gatti Agence France-Presse «Dernier entretien de James Baldwin» donnera à entendre des paroles prononcées l’année de sa mort, et jusqu’ici introuvables sous forme écrite.

Au-delà du progrès, la recherche d’un équilibre nous ramène à la question de l’égalité sociale universelle. Nous retrouvons ici la critique de l’attitude de Trump et d’autres chefs d’État à l’égard des migrations dictées par la pauvreté ou les conflits. Un ouvrage dirigé par Annalisa Lendaro, Youri Lou Vertongen et Claire Rodier, De la crise des réfugiés à la crise de l’accueil (18 avril), puis Immigration. Faux problèmes, vrais enjeux (14 mars), du sociologue François Héran (les deux titres publiés à La Découverte), ne peuvent qu’éclairer le débat.

Des livres au programme de la même maison d’édition abordent aussi d’autres sujets brûlants : La victoire des vaincus (7 mars), du journaliste français Edwy Plenel, consacré à la révolte des gilets jaunes, ces gagne-petit de la France actuelle, et Féminisme pour les 99 % (7 mars),manifeste progressiste en faveur de la masse des femmes étrangères à la mince élite occidentale que signent les chercheuses américaines Cinzia Arruzza, Tithi Bhattacharya et Nancy Fraser.

Dès que l’on touche à la question socioculturelle liée aux migrations et en particulier au progrès de l’islam en Occident, on s’interroge sur la nature profonde de ce même Occident. Voilà ce que fait audacieusement Olivier Roy, spécialiste français de l’islam politique, dans L’Europe est-elle chrétienne ? (Seuil, fin février), plus de 50 ans après l’encyclique Humanae vitae de Paul VI, condamnation morale de la contraception artificielle, rupture de l’Église avec le monde moderne sécularisé, procès presque irréaliste de l’égoïsme occidental.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Des auteurs scrutent les racines philosophiques des enjeux. Dans La science de la richesse (Gallimard, début mars), l’économiste français Jacques Mistral estime que, devant l’effritement du néolibéralisme et la montée des populismes, seul un regain keynésien pourra réconcilier l’économie et la politique. Dans La pensée écologique (Zulma), Timothy Morton, chercheur britannique installé aux États-Unis, juge que le réchauffement climatique n’exige rien de moins qu’une nouvelle conception de la réalité.

La brûlure des flammes

Ces réflexions sur la dureté d’aujourd’hui font écho au Dernier entretien de James Baldwin (Flammarion, 7 février). Jusqu’ici introuvables sous forme écrite, les paroles furent prononcées l’année de sa mort par l’écrivain afro-américain (1924-1987) qui croyait que la brûlure des « flammes dévorantes de la cruauté humaine » surpasse tout enseignement. Elles ont maintenant une résonance singulière dans le pays de Trump et, à travers le monde, près des admirateurs du président.