«Marie»: un amour royalement impossible

La petite Marie, par sa propension à la lecture plus qu’à la coquetterie, gagnera le cœur de son oncle, le tout-puissant Mazarin, maître de la France. Puis celui de Louis XIV.
Photo: Albin Michel La petite Marie, par sa propension à la lecture plus qu’à la coquetterie, gagnera le cœur de son oncle, le tout-puissant Mazarin, maître de la France. Puis celui de Louis XIV.

Marie. Ce titre seul pourrait bien passer inaperçu sans le bandeau annonçant « Le premier amour de Louis XIV ». Intrigant. Cette jeune Marie, effacée derrière ses frères et ses sœurs plus belles qu’elle, souffre-douleur de sa mère à cause de sombres prédictions astrologiques sur son avenir, connaîtra un parcours pour le moins atypique. Indépendante d’esprit, émancipée et cultivée pour l’époque — nous sommes au XVIIe siècle… —, la future flamme du roi de France s’en éprend follement elle aussi.

À 20 ans, le charmant Louis voit pirouetter autour de lui les dames les plus séduisantes. Mais la petite Marie, par sa propension à la lecture plus qu’à la coquetterie, gagnera le cœur de son oncle, le tout-puissant Mazarin, maître de la France. Puis celui de Louis XIV.

Un langage ampoulé

Introduite à la cour, Marie Mancini devra compter sur son érudition, rare pour la gent féminine d’alors, mais aussi se frotter à l’étiquette mondaine. Avec les courbettes et le langage ampoulé que cela suppose. D’ailleurs, l’auteure, tout historienne qu’elle soit, aurait pu simplifier (en faisant un glossaire ?) certains titres pompeux de la noblesse, qui peuvent parfois perdre le lecteur.

Ce qui, toutefois, ne mine en rien l’intérêt ici pour les pérégrinations royales et les manigances politiques en ces temps de guerre, entre des pays signataires de traités assortis de mariages forcés avec une dot sur l’oreiller.

Une flamme éteinte

Ainsi, c’en fut fait pour la passion entre Marie et Louis, lui dont l’union avec l’infante d’Espagne était une clause dans les négociations de paix menées par Mazarin avec ce pays. Et elle promise au prince Lorenzo Colonna, à Rome, marquant pour l’indomptable jeune fille le début d’une vie tumultueuse d’errance et d’exil — jusqu’à fuir ce mari —, elle dont le seul tort fut d’aimer un roi. Quant au Roi-Soleil, il choisit une existence dictée par la loi monarchique plutôt que celle du cœur.

Marie

★★★

Isaure de Saint Pierre, Albin Michel, Paris, 2018, 230 pages