«Les justiciers d’Hochelaga»: HoMa 101

Peter Kirby propose une autre enquête de l’inspecteur Luc Vanier, qui se déroule cette fois en plein quartier Hochelaga-Maisonneuve.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Peter Kirby propose une autre enquête de l’inspecteur Luc Vanier, qui se déroule cette fois en plein quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Peter Kirby a fait une entrée remarquée en édition l’an dernier avec Vague d’effroi, un époustouflant premier roman sur un tueur en série s’étant mis en tête d’éliminer les sans-abri du centre-ville de Montréal. Sa façon de décrire la ville pétrifiée sous les grands froids d’hiver a tout de suite imposé ses talents d’écrivain… tout comme la grande maîtrise de sa traductrice. Il nous revient avec une autre enquête de l’inspecteur Luc Vanier, qui se déroule cette fois en plein quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Piégé de tous côtés

Sans grande surprise — et même si on rencontrera ici un Luc Vanier encore plus étoffé que dans sa première enquête —, on constatera rapidement que ce quartier populaire de l’est de Montréal est le personnage principal du roman. Rarement a-t-on vu ce coin de Montréal décrit avec autant de pertinence, avec ce qui reste de ses anciens airs de grandeur, ses vieux arbres, ses ruelles encombrées et ses triplex décrépits manquant tout autant d’amour que de peinture.

C’est là, dans ce dense tissu urbain où sévissent le chômage endémique et la pauvreté tout comme les revendeurs de drogue et les proxénètes, que s’est développée une sorte de milice populaire se donnant des airs d’organisme communautaire : les Partisans de l’ordre de Montréal.

On vient de trouver dans le quartier un petit dealer torturé d’atroce façon et l’enquête amène bientôt Vanier dans le QG des Partisans. Devant lui, une sorte de militaire à la retraite, le colonel Montpetit. Après lui avoir tracé le portrait de tous les organismes, associations et comités gérés par les Partisans pour aider les habitants du quartier, Montpetit fait comprendre à Vanier de ne pas jouer dans ses plates-bandes. Le policier accuse le coup, mais procède plus tard à l’arrestation d’un jeune truand du quartier… et quelques heures plus tard, une violente émeute fait rage dans Hochelaga.

Mais il y a beaucoup plus : une fois libéré, le jeune délinquant est retrouvé très amoché dans une ruelle du quartier… et des accusations de brutalité policière sont portées contre Vanier, qui est suspendu de ses fonctions. Il faudra l’obstination du policier et toute la force morale d’une « défavorisée » du quartier pour tirer l’affaire au clair et remettre les pendules à l’heure.

Encore une fois, l’intrigue est solide, bien menée et pleine de rebondissements inattendus ; on ne saisira en fait les implications de tout ce que l’on a vu se dérouler qu’à la toute fin.

Les personnages sont crédibles, même parmi les pseudo-durs à cuire de la milice et de la mouvance Hells Angels : indéniablement, Peter Kirby sait raconter des histoires tordues à souhait. Mais ce qui fait l’attrait principal de ce gros livre, répétons-le, c’est le portrait d’un quartier attachant et grouillant de vie qui s’impose, par sa complexe diversité, comme personnage principal. Quel coin de Montréal nous fera découvrir le prochain Peter Kirby ?

Extrait de «Les justiciers d'Hochelaga»

« — On a perdu l’avantage de la situation. Une grosse foule se préparait à exiger ta libération, mais ils t’ont libéré avant qu’on arrive.

— Ouais, mais ils savaient que vous vouliez le faire. Ça compte, ça, non ?

— On a eu l’air épais. Alors, le patron a eu une idée. On va faire croire qu’ils t’ont laissé sortir, mais qu’avant, ils t’ont sacré toute une volée.

Au moment même où Barbeau se retournait vers le conducteur, il vit son poing dirigé vers lui. Le premier coup lui fractura le nez et le sang se mit à couler sur son blouson. Le deuxième lui fendit la lèvre et lui déchaussa une dent. Avant d’avoir pu ouvrir la portière, Barbeau reçut deux coups de plus sur le côté du visage.

Le conducteur prit le jeune par le menton et tourna son visage vers lui. Sa victime semblait sonnée.

— Je vais appeler une ambulance bientôt, mais écoute-moi bien, le jeune.

Barbeau ouvrit les yeux et le fixa.

— C’est la police qui t’a fait ça pendant l’interrogatoire, compris ?

Le jeune ne répondit rien et le conducteur lui serra le visage jusqu’à ce que la douleur le ramène à la réalité :

— Rappelle-toi l’histoire. Si tu fais comme on t’a dit, tu seras un des nôtres. Compris ?

Barbeau hocha la tête. »

Les justiciers d’Hochelaga

★★★ 1/2

Peter Kirby, traduit de l’anglais par Rachel Martinez, Linda Leith Éditions, Montréal, 2018, 361 pages