«13e Avenue»: dans les rues de Rosemont

Avec le concours du trait intemporel de François Vigneault («Titan»), «13e Avenue<em>» </em>a aussi la grâce de dépeindre la vie des jeunes d’aujourd’hui.
Photo: La Pastèque Avec le concours du trait intemporel de François Vigneault («Titan»), «13e Avenue» a aussi la grâce de dépeindre la vie des jeunes d’aujourd’hui.

« Je me demande si ma mère va être capable de conduire le camion de déménagement dans les rues », s’inquiète Alexis sur la route séparant Chicoutimi de Montréal. Mais évidemment qu’elle y parviendra ! C’est bien connu : les mamans courageuses parviennent toujours à sortir les leurs du pétrin.

Le deuil n’est jamais que la perte d’une personne ; il est toujours également la perte d’un lieu précieux ne pouvant exister qu’entre elle et nous. La romancière et animatrice Geneviève Pettersen le sait trop bien et conjugue ces deux idées entre les pages de cette première et attendrissante incursion en bédé. À la suite du décès de son père, Alexis devra apprendre à vivre dans sa nouvelle (grande) ville et à parler à ses morts, bien que sans se faire violence.

Ode au quartier Rosemont et aux chenapans d’enfants qui en égaient les ruelles, 13e Avenue semble s’adresser à la fois aux préadolescents faisant pour la première fois la rencontre de l’injustice et aux adultes nostalgiques de leurs étés d’oisiveté, douce époque où il faisait bon traîner ses savates de la crémerie au parc, et vice-versa. En dépeignant un Québec où les coudes serrés triomphent de toutes les différences, l’auteure de La déesse des mouches à feu — longtemps Saguenéenne, aujourd’hui Rosemontoise — prend par ailleurs subtilement le contre-pied du discours de la fracture opposant régions et ville. De quoi se réjouir.

Avec le concours du trait intemporel de François Vigneault (Titan), 13e Avenue a aussi la grâce de dépeindre la vie des jeunes d’aujourd’hui sans lester les mains de ses personnages de ce paquet de bébelles électroniques presque désormais indissociables de leurs représentations.Judicieux choix que d’avoir préféré mettre en lumière ce trouble universel, mélange d’émerveillement et de confusion, définissant le passage de l’enfance à l’adolescence, une transition dont les difficultés et les joies ont sans doute été moins transformées qu’on aime le penser par l’hyperconnectivité.

13e Avenue, Tome 1

★★★

Geneviève Pettersen et François Vigneault, La Pastèque, Montréal, 2018, 176 pages