«Avez-vous lu les classiques de la littérature?»: une relecture candide et rigoureuse

Illustrations tirées d’«Avez-vous lu les classiques de la littérature?» de Soledad Bravi et Pascale Frey. Ici, un extrait du chef-d’œuvre de F. Scott Fitzgerald, «Gatsby le magnifique», revisité par les deux complices.
Photo: Rue de Sèvres Illustrations tirées d’«Avez-vous lu les classiques de la littérature?» de Soledad Bravi et Pascale Frey. Ici, un extrait du chef-d’œuvre de F. Scott Fitzgerald, «Gatsby le magnifique», revisité par les deux complices.

La princesse de Clèves, À la recherche du temps perdu, Le père Goriot, Les malheurs de Sophie, Madame Bovary, La promesse de l’aube… Bien sûr, tout le monde dira les avoir lus ou, à tout le moins, en avoir été informés de près ou de loin. Les rééditions de ces classiques permettent aux lecteurs de tout temps de plonger au cœur de ces univers chargés des complexités de l’homme dans ses rapports à l’autre et à lui-même.

Bien qu’au fil du temps plusieurs adaptations de ces œuvres aient été publiées en parallèle aux rééditions, Soledad Bravi et Pascale Frey, dans Avez-vous lu les classiques de la littérature ?, parviennent avec humour et singularité à les offrir sans emprunter d’ornières, à les démocratiser avec candeur et rigueur. Ce sont au total vingt classiques issus des XIXe et XXe siècles que le duo présente avec une concision et un aplomb enviables.

Chaque titre est précédé d’une mise en contexte de l’œuvre et d’une courte biographie de son auteur(e). Ainsi apprend-on qu’au matin de l’écriture de La métamorphose,« Franz Kafka se sent profondément déprimé. Son père l’exaspère, il déteste son boulot dans une compagnie d’assurances, ses livres marchent moyennement […] il imagine l’histoire répugnante d’un homme qui, à son réveil, constate qu’il s’est transformé en insecte ».

Marcel Proust a dû, pour sa part, user de patience avant de voir publier La recherche du temps perdu, manuscrit refusé par Gide. Pierre Choderlos de Laclos a soif de produire une œuvre qui saura faire du bruit. En garnison à l’île de Ré, il imagine ses Liaisons dangereuses. Balzac aura, quant à lui, écrit Le père Goriot pour payer une dette. Et ainsi de suite pour Emily Brontë, Gustave Flaubert, Albert Cohen et d’autres chez qui l’on découvre les dessous étonnants de l’écriture.

Résumé en images

Cette courte mise en contexte — qui tient dans une toute petite page — est suivie d’un résumé de l’œuvre en question. Présentée sous forme de bande dessinée de quelque 16 planches — mis à part Les misérables qui en compte 48 — chaque histoire permet de retracer les grandes lignes du classique. Usant de raccourcis, jouant d’ellipses, les auteurs parviennent à saisir l’essence de chacune des œuvres dans de très courtes phrases tout en ajoutant des dialogues savoureux offerts dans une langue moderne et des réflexions truculentes tenues par les personnages. Par exemple, pour gravir plus vite les échelons, le Chéri de Colette se sert des femmes. « Je drague la femme du boss », dira-t-il avant de la laisser tomber pour une autre et revenir à ses premières amours, Clotilde, « [s]on petit quatre heures », lance-t-il.

Cet humour, parfois franchouillard mais le plus souvent universel, est soutenu par les illustrations de Pascale Frey. Accompagnant avec aplomb le texte de Bravi, les personnages sont illustrés tout en humour, offrant une perspective très concrète et sans fioritures des scènes, ne retenant que les faits marquants et renforçant ainsi l’aspect ludique de l’ensemble. Si cette façon très simplifiée de faire déplaira aux puristes, il saura à tout le moins ouvrir le chemin des classiques aux plus jeunes. Ce qui est loin d’être négligeable.

Extrait de «L’amant de Marguerite Duras»

« L’auteure se souvient de sa jeunesse en Indochine. Elle a 15 ans, elle traverse le Mékong. Elle remarque un homme chinois, très élégant. L’homme lui offre une cigarette. — Non, merci. — Vous êtes belle. Il tombe très amoureux d’elle ; elle, au début, n’est attirée que par son argent. — Wow ! Vous avez un ventilateur chez vous ! Elle a une famille très pauvre et en plus un de ses frères joue comme un malade. — Encore perdu ! Ils commencent une histoire d’amour, elle dort chez lui. — Ma fille ne dormira plus au pensionnat. Sa mère sait que cet amour ruinera la réputation de sa fille. — blanche + chinois = pas top. »

Avez-vous lu les classiques de la littérature?

★★★ 1/2

Soledad Bravi et Pascale Frey, Rue de Sèvres, Paris, 2018, 168 pages