«Planètes»: chaque seconde est une joie

Titre initial d’une collection à la couverture solaire intitulée «Sauvage», le bref roman de Mario Cyr est en quelque sorte un portrait de famille.
Photo: Parance Éditeur Titre initial d’une collection à la couverture solaire intitulée «Sauvage», le bref roman de Mario Cyr est en quelque sorte un portrait de famille.

Dpuis une décennie, la prose de Mario Cyr se densifie, se resserre, se réduit à l’essentiel, fait confiance plus que jamais au pouvoir d’évocation de la langue. Après quatre plaquettes aux Intouchables, Mourir aux Éditions de la Paix et un premier recueil de poèmes, Dans les soirs parfaits, aux Écrits des Forges, le Montréalais publie Planètes chez Annika Parance éditeur.

Titre initial d’une collection à la couverture solaire intitulée « Sauvage », le bref roman de Mario Cyr est en quelque sorte un portrait de famille. Le narrateur, extradiégétique, tutoie le héros, un homme dans la mi-vingtaine. Ce dernier entretient des rapports bien peu stimulants avec sa femme, sa mère et son père, tout comme avec ses amis et ses collègues de bureau.

Heureusement, ses relations avec son frère, œuvrant auprès des délinquants, et sa grand-mère, aphasique, puis mourante, sont plus significatives. Précisons que l’intransigeance du personnage principal envers la plupart des nantis n’a d’égale que son empathie pour les déshérités.

Quand le héros se trouve irrémédiablement attiré par un autre homme, en quelque sorte extirpé de sa torpeur, détourné de sa trajectoire, on croirait deux astres qui se reconnaissaient. « […] il tend les paumes de ses mitaines usées, je viens t’aider, tu t’étrangles : qui, moi ? n’y tenant plus, tu te jettes sur lui, ta bouche écrase la sienne, vos dents se cognent… » Puis, quelques jours plus tard : « […] c’est ce matin que vous faites l’amour pour la première fois, en larmes, sans hâte, son corps est une proclamation, une lande, tu migres. »

C’est l’histoire d’un homme qui découvre tout à coup l’amour, mais qui trouve aussi le courage de rendre son existence conforme à ses valeurs, de faire en sorte que chaque seconde soit une joie. Non seulement l’aventure émeut, mais elle le fait avec style, dans une suite d’implacables instantanés, à travers des phrases longues, multiples, qui regorgent de mots et de pulsations, de virgules et de vie.

Planètes

★★★ 1/2

Mario Cyr, Annika Parance éditeur, « Sauvage », Montréal, 2018, 96 pages