«Barcelone brûle»: déambulations catalanes

Avec cette courte glissade dans Barcelone, c’est aussi le terrain de sa propre jeunesse que revisite Mathieu David dans ce premier livre.
Photo: iStock Avec cette courte glissade dans Barcelone, c’est aussi le terrain de sa propre jeunesse que revisite Mathieu David dans ce premier livre.

C’est une ville qui se consume et qui n’a jamais ménagé ses efforts pour faire les choses à sa façon. Une ville qui laisse sa marque, semble-t-il, sur la peau de tous ceux qui l’approchent.

Avec Barcelone brûle, un petit livre de « chroniques » et d’anecdotes, conçu à la fois comme un coup de chapeau à la capitale de la Catalogne et un récit autobiographique, au moyen d’allers-retours entre ses propres souvenirs et l’évocation de certains moments clés de l’histoire mouvementée de Barcelone, le Québécois Mathieu David paie une forme de tribut à la ville. « On aime mettre le feu à Barcelone, c’est culturel », rappelle-t-il.

Depuis son premier séjour en 2003, à 23 ans, après un semestre d’études avorté à la Sorbonne, jusqu’à l’époque de la rédaction du livre, alors qu’il habitait Barcelone, l’auteur ravive le souvenir de ses déambulations catalanes. Des rencontres fortes, des débats avinés et des gueules de bois inoubliables, une incandescence programmée.

Avec cette courte glissade dans Barcelone, décor de pierres et de béton posé dans un temps élastique, on le sent, c’est aussi le terrain de sa propre jeunesse que revisite Mathieu David dans ce premier livre.

Il le fait avec un faible pour la Barcelone « interlope », celle qui est peuplée de « négresses solaires » forcées de se vendre au détour d’une ruelle, celle des bordels clandestins — qui sont autant de « laboratoires de physique extrême » —, celle des bars et des bodegas, des nuits sans lune, des Andalouses impétueuses. Avec des échos à Georges Bataille et Simone Weil, aux coups de reins et de pinceau de Picasso, au courage d’Orwell et à celui des milliers d’anonymes d’hier et d’aujourd’hui qui ont voulu s’y tenir debout.

Dans les pages bien inspirées de Mathieu David, où s’entremêlent les soubresauts d’époques qui ne sont pas si lointaines, on cherchera toutefois en vain les présages d’une catastrophe à venir — et qui pourtant s’en vient. Un hommage à un art de vivre et de résistance.

Extrait de «Barcelone brûle»

« Après des mois sous le monochrome gris parisien, je cherchais les rues touchées des rayons ; sur mon chemin quotidien, suivant le soleil de mars, je parcourais la rue d’en Robador avec intensité. Les négresses solaires faisaient le charme de ce lieu mal fréquenté. Je ne pouvais me dérober à l’incandescence qui s’ouvrait en moi. Je brûlais, la terre tremblait. J’échangeais parfois deux mots avec ma Nigériane, qui en profita un jour pour pousser plus avant l’invitation : “As-tu mieux à faire ?” »

 

Barcelone brûle

★★★ 1/2

Mathieu David, Gallimard, collection « L’Infini », Paris, 2018, 144 pages