«Imagine John Yoko»: la ballade de Jock et Yono

C’est la veuve qui gère — et réimagine à sa manière — l’héritage commun. Ici, cela signifie que l’on sursignifie, en citations immenses et moult photos double-page, le caractère fusionnel de la relation.
Photo: Éditions de l'Homme C’est la veuve qui gère — et réimagine à sa manière — l’héritage commun. Ici, cela signifie que l’on sursignifie, en citations immenses et moult photos double-page, le caractère fusionnel de la relation.

Imaginez un livre chic. Qui pèse son poids. On pourrait dire : un livre monument. À la gloire d’un couple : John et Yoko. Ou « Jock and Yono », comme disait John Lennon dans l’un des messages de Noël des Beatles : il déformait les mots, c’était plus fort que lui.

Yoko Ono, elle, c’est la réalité qu’elle n’a jamais pu s’empêcher de déformer, ou plutôt, de transformer : le couple devint sa création, leur quotidien de l’art conceptuel, et leur croisade pour la paix sa thématique.

Jugez-en par ces 320 pages où les Lennon-Ono mangent, dorment, causent, posent… et auscultent du béton (oui, oui).

A posteriori, on sait gré à Yoko d’avoir systématiquement documenté ces années d’intense activité. On a ça, au moins. L’assassinat de John en 1980, horreur en soi, a eu pour triste corollaire de nous priver de la suite : imaginez les tournées, les albums, la possible réunion des Beatles… Autre conséquence, c’est la veuve qui gère — et réimagine à sa manière — l’héritage commun. Ici, cela signifie que l’on sursignifie, en citations immenses et moult photos double-page, le caractère fusionnel de la relation. Partout, il s’agit d’établir que tout était créé à deux.

Durant les sessions de l’album Imagine (dont on a déjà le coffret audio exhaustif et le DVD), elle est pour ainsi dire dans chacune des innombrables images.

Double lecture

Et si John se prête et contribue sciemment à toutes les mises en scène, on le voit aussi se concentrer sur la création musicale en cours, à l’exclusion de tout le reste. Double lecture. Au final, on obtient surtout un tas de lettres, cartes postales et croquis de John, magnifiquement reproduits, qui justifient non seulement la dépense mais en disent long sur l’esprit Lennon.

C’est la verve et l’humour cinglant du gars de Liverpool qui l’emportent sur la lourdeur pas du tout drôle de l’avant-garde à la Yoko. Et rendent ce beau livre essentiel, à la fois malgré elle, et grâce à elle.