«Les miscellanées sportives de Mr. Schott»: du pur plaisir

Le petit livre de Benjamin Schott est inclassable, et c’est parfait ainsi, affirme le tout aussi atypique auteur, peint ici par Harry MacAuslan.
Photo: Éditions du sous-sol Le petit livre de Benjamin Schott est inclassable, et c’est parfait ainsi, affirme le tout aussi atypique auteur, peint ici par Harry MacAuslan.

Les miscellanées sportives de Mr. Schott, c’est le cauchemar du libraire. Un roman ? Certainement pas. Une biographie ? Non plus. Une encyclopédie ? Pas tout à fait. Ce petit livre est inclassable, et c’est parfait ainsi, affirme son auteur, le tout aussi atypique Benjamin Schott.

« Si on essaie de décrire ce livre, ça ne fonctionne pas vraiment, admet l’écrivain britannique en entrevue au Devoir. Mais quand on le met dans les mains de quelqu’un et que cette personne l’ouvre à une page au hasard, elle fait : “Ah, là je comprends.” C’est le moment que j’aime. »

Après tout, comment peut-on catégoriser un livre dans lequel on retrouve à la fois les règles du polo à dos d’éléphant, le surnom des différentes mains de poker, les mensurations complètes du boxeur Mohamed Ali et les origines du jeu roche-papier-ciseaux, le tout accompagné d’illustrations en noir et blanc qui rappellent les ouvrages d’une autre époque ?

« Quand les gens ouvrent le livre, il leur est familier. Ils se disent que ça leur rappelle quelque chose. Ensuite, ils l’ouvrent et ils se disent : “Qu’est-ce que c’est que ça ? C’est tellement étrange.” Ils se demandent : “Quel est le but de tout ça ?” »

Et quel est le but de tout ça, Mr. Schott ? « C’est un jeu d’esprit. Du plaisir pur. »

Une carte de Noël particulière

Offert en librairie en version française depuis la fin du mois de novembre, Les miscellanées sportives de Mr. Schott est la traduction d’un livre publié pour la première fois en anglais en 2004. Il s’agit aussi du troisième recueil d’informations incongrues « imaginé, écrit et conçu » par Benjamin Schott, qui a trouvé une formule gagnante un peu par hasard.

Au début de sa carrière, alors qu’il est photographe pour différentes publications, il prend l’habitude d’envoyer des cartes de Noël à ses clients. Puis, en 2002, il décide d’ajouter une touche d’originalité à ses vœux : il crée un petit livret dans lequel il rassemble des informations utiles pour les photographes (la taille du papier photo, la température des couleurs, etc.), en y ajoutant d’autres renseignements pêle-mêle, comme la taille des bouteilles de vin ou les différents types de nuages.

« Ce petit livret est devenu un livre. J’en ai imprimé 50 pour mes amis, j’en ai envoyé une copie à l’éditeur Bloomsbury à Londres et neuf mois plus tard, c’était un livre à succès, explique l’auteur. Ce fut un processus assez étrange. »

Les miscellanées de Mr. Schott a finalement été traduit dans une vingtaine de langues — même en braille — et s’est écoulé à deux millions d’exemplaires. « C’était tout à fait inattendu. J’ai encore du mal à y croire », lance son idéateur.

En 2003, M. Schott a publié ses Miscellanées culinaires, puis finalement son recueil consacré aux sports, au jeu et au repos l’année suivante.

La note en bas de page

Cette dernière déclinaison des Miscellanées de Mr. Schott contient donc une foule d’informations utiles ou inutiles, fascinantes ou franchement banales, présentées les unes à la suite des autres, sans suite logique. « Ça couvre tout le spectre de l’être humain, de l’activité à l’inactivité. Et à mon avis, tout ce spectre est intéressant. »

Selon M. Schott, il s’agit d’un « document pré-Internet », d’un livre qui offre ce qui se rapproche le plus d’une recherche sur Wikipédia qui dérape, d’une sorte d’hommage à la note en bas de page : « Aujourd’hui, on a toute l’information qu’on veut au creux de notre main, mais je pense que l’information est encore plus intéressante lorsqu’elle a été sélectionnée et organisée pour vous. Je ne crois pas vraiment aux encyclopédies. Elles jouent un rôle, mais dès qu’elles sont imprimées, elles sont déjà expirées. »

« Ce que j’ai toujours aimé, c’est plutôt les livres de référence très personnels. Lorsqu’un être humain fait une sélection sans prétendre que tout y est, insiste-t-il. J’ai essayé de trouver des informations qui vous emmènent dans un endroit inattendu, qui font sourire ou rire, ou qu’on lit en se disant : “Wow, je ne pensais pas que ça m’intéressait.” »

Une de ses préférées : la liste exhaustive des tatouages de l’ex-étoile du soccer anglais David Beckham (34 au total). « À mon avis, la beauté de la recherche, c’est quand tu penses que tu vas de A à B et que tu te retrouves à Q », glisse-t-il.

Même si son livre parle de sport, Benjamin Schott ne veut surtout pas qu’il nourrisse la compétition parce que pour lui, il existe une différence claire entre le contenu de son ouvrage et les informations qu’on récolte pour épater la galerie lors d’un souper de famille ou pour remporter un jeu-questionnaire.

« Avec Les miscellanées, il ne s’agit pas de savoir qui a gagné la Coupe du monde, mais plutôt de savoir ce qui est écrit sur la Coupe du monde, illustre-t-il. Il ne s’agit pas d’apprendre quelque chose et de se sentir supérieur, il est fait pour partager. »

Il est donc inutile d’être un sportif, un amateur de sport ou même d’aimer le sport pour se plonger dans cette lecture inusitée. Il suffit d’être curieux et d’adhérer à la philosophie de son auteur : « Les gens disent que le diable est dans les détails, lance-t-il en marquant une courte pause. Pour moi, le bonheur est dans les détails. »

Les miscellanées sportives de Mr. Schott

Benjamin Schott, traduit de l’anglais par Elie Robert- Nicoud et Charles Giol, Paris, Éditions du sous-sol, 2018, 160 pages