«Cabu, une vie de dessinateur»: trait pour trait

Son dessin était aérien, mais il n’avait rien de léger. Ce livre rassemble l’essentiel, dessins, photos, publications. Le grand-livre de Cabu.
Photo: Gallimard Son dessin était aérien, mais il n’avait rien de léger. Ce livre rassemble l’essentiel, dessins, photos, publications. Le grand-livre de Cabu.

Ils ont voulu les tuer. Tous. Comme si de les voir se tirer de l’actualité allait dégommer leurs idées. Pourtant, plus de trois ans après le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, le talent effervescent de ses artisans continue de se faire entendre, au-delà de la mort et sans oublier ceux qui par miracle sont encore vivants. Le prix Femina est allé cette année à Philippe Lançon pour Le Lambeau, livre étonnant, aux accents proustiens, qui convie à une plongée dans la vie d’un rare survivant du terrible attentat.

Le prix Renaudot, accordé au Sillon de Valérie Manteau, elle aussi une ancienne de la rédaction de Charlie Hebdo, explore de son côté la question de la violence du pouvoir et de ses dérives du côté de la Turquie. Au nombre des livres de ceux qui sont disparus, le très beau livre consacré à Cabu mérite l’attention. Dessinateur d’exception, il se partageait, ces dernières années, entre Charlie Hebdo et le vénérable Canard enchaîné. Son trait vif, clair et précis était porté par un esprit à l’avenant.

Pendant plus de 50 ans, sa critique sociale est de tous les instants. « Ce qui me choque, disait-il, c’est que, plutôt que de s’en prendre à la violence elle-même, les gens me reprochent de la dénoncer. » Cabu n’a épargné personne, sauf peut-être l’univers du jazz, dont il a dessiné plusieurs artistes avec une affection teintée d’admiration. Il portait sur tout en tout cas un regard amusé.

Dans Le Canard enchaîné, sa série consacrée au beauf, ce citoyen très moyen, inculte et vulgaire, se renouvelait chaque semaine en sondant le puits sans fond de la bêtise humaine. « Moi, je me protège et je me défoule à travers mes dessins, qui ne font que décrire les dangereux qui nous gouvernent ou nous menacent. Le nationalisme, le fanatisme, l’extrême droite, tous ces anciens ou nouveaux beaufs qui portent le treillis ou le costume. »

Son dessin était aérien, mais il n’avait rien de léger. Ce livre rassemble l’essentiel, dessins, photos, publications. Le grand-livre de Cabu. Dernière chose qu’il voulait qu’on dise de lui ? « Il dessinait à la plume. »
 

Cabu

★★★★★

Jean-Luc Porquet, Gallimard, Paris, 2018, 377 pages