Chez George Sand avec Michelle Perrot

Dans sa maison de Nohant, George Sand a reçu toute sa vie la colonie artistique du XIXe siècle.
Photo: Nadar Dans sa maison de Nohant, George Sand a reçu toute sa vie la colonie artistique du XIXe siècle.

Ce n’est pas par son œuvre, mais par sa maison que l’historienne Michelle Perrot a véritablement découvert George Sand. Cette maison, c’est celle de Nohant, où George Sand a reçu toute sa vie la colonie artistique du XIXe siècle, de Chopin, son amant, qu’elle surnommait « Chip Chip », à Flaubert, son « troubadour », en passant par Liszt ou Balzac. George Sand, née Aurore Dupin, avait hérité cette maison du département de l’Indre, en France, de sa grand-mère, et c’est là qu’elle voulait réaliser ses rêves, rêve de femme libre, rêve d’écrivaine et rêve de maternité.

Nohant, ce sont des gens, des lieux, un jardin, une maison, une terre. Et c’est le thème central du livre George Sand à Nohant. Une maison d’artiste, que Michelle Perrot fait paraître au Seuil, dans la Librairie du XIXe siècle.

L’inspiration de Chopin

George Sand voulait faire de ce lieu « une oasis soustraite à la société, au regard pervers de l’opinion, un cristal de temps affranchi du changement », écrit Michelle Perrot.

Sand disait pour sa part que Nohant était un lieu où l’on pouvait « être artiste pour soi, sans se donner en spectacle au monde », bien qu’on y trouve un théâtre. Chopin y a trouvé l’inspiration. Sand y écrivait la nuit, souvent dans des pièces minuscules, quand la maisonnée et ses visiteurs dormaient, bien après minuit.

L’historienne avait déjà publié sur l’histoire de la famille et de la vie privée au XIXe siècle. On ne s’étonnera donc pas de trouver davantage ici une chronique sociale qu’une chronique littéraire.

Les relations entre George Sand et ses enfants, sa fille Solange, avec qui elle a vécu de nombreuses tensions, et son fils Maurice, y sont notamment analysées de façon très détaillée. Des chapitres se succèdent sur les thèmes des gens, des lieux et des temps : « Je n’ai jamais eu de maître, même en amour », disait Sand.

En son temps, George Sand considérait le mariage comme « un lien très pesant », et la perte de la liberté comme « la plus grande sottise qu’on puisse faire ».

On ne s’étonne pas que son mariage avec son mari « chasseur et buveur », écrit Perrot, et père de ses enfants, Casimir Dudevant, n’ait pas duré. C’est Chopin qui lui succédera durant quelques années auprès de George Sand, dans une relation à la fois intense et malheureuse.

Mais de sexualité proprement dite, on ne parlera pas ici beaucoup, bien que George Sand ait été réputée pour ses amours libres. « Elle a une nature ardente et sans doute des sens exigeants, bien qu’elle ait été avare de confidences sur ce point. »

Elle réprouvait les conversations graveleuses dont les femmes faisaient toujours les frais. La sexualité et la vie sexuelle de Sand demeurent des inconnues. A-t-elle aimé d’amour Marie Dorval ? Fut-elle bisexuelle comme le suggère Lélia (1833), qui fit scandale en partie pour cela ? L’hétérosexualité est en tout cas sa relation dominante. Elle a détruit ses lettres d’amour à Musset, comme à Chopin. Elle redoutait la divulgation de ses secrets et recommandait souvent de brûler une missive trop intime. « Quelques bribes, échappées çà et là, révèlent le feu d’un corps désirant », écrit Michelle Perrot.

Au fil des pages, malgré une recherche très fouillée et malgré de nombreuses citations de Sand, on a l’impression que le mystère, essentiel, persiste autour de l’écrivaine. Et on sort du livre un peu comme on sort d’un musée consacré à un disparu, en se demandant où peut bien être passée son âme.

George Sand à Nohant

★★★

Michelle Perrot, Seuil, Paris, 2018, 450 pages

Une maison d’artiste

★★★