Édition - Fides jette du lest

Antoine Del Busso, le directeur général des Éditions Fides.
Photo: Jacques Grenier Antoine Del Busso, le directeur général des Éditions Fides.

Les Éditions Fides comptent notamment sur l'abandon de leur service de distribution ainsi que sur le renouvellement de leur image pour poursuivre à grande vapeur leurs activités éditoriales. Antoine Del Busso, le directeur général, annonce ainsi la parution pour le mois d'octobre d'un nouveau roman d'Yves Beauchemin sur lequel il compte beaucoup.

En entrevue, Antoine Del Busso se montre catégorique: pour lui, la décision d'abandonner la distribution est «la meilleure nouvelle de l'année». Chez Fides, explique-t-il, la distribution était devenue un fardeau considérable. «Cela fait cinq ou six ans que l'on réfléchit à l'idée d'abandonner cette activité. C'est un beau moment pour moi aujourd'hui.»

Fides assurait sa propre distribution pratiquement depuis sa fondation en 1937. Avec le temps, elle avait aussi pris sous son aile la distribution et la diffusion d'autres éditeurs. Elle ne conservera désormais qu'une équipe de représentants en librairie afin d'assurer la diffusion de ses livres. Fides pourrait aussi s'adjoindre des services spécialisés dans la distribution de livres à caractère universitaire, explique Antoine Del Busso.

Au cours des deux dernières années, Fides avait pourtant investi plusieurs dizaines de milliers de dollars dans son centre de distribution, surtout dans l'aménagement de bureaux qu'elle abandonnera donc sous peu. «Nous espérons pouvoir trouver de nouveaux locaux à proximité des Presses de l'Université de Montréal», une maison d'édition universitaire dont Fides a la charge entière.

Mises à pied

Dans la foulée de cette réorganisation des activités de Fides, une douzaine de personnes perdent leur emploi, de même que quelques travailleurs occasionnels. Le patron de Fides espère toutefois qu'au moins six anciens employés pourront s'intégrer à la Socadis, l'entreprise qui assurera, à compter du 1er juillet, la distribution de ses ouvrages.

«Dans cinq ans, Fides devrait avoir doublé son chiffre d'affaires. Et pour couronner le tout, ce sera rentable.» Est-ce à dire que la maison fondée et animée par les pères de Sainte-Croix ne l'était plus? Chose certaine, les affaires ne sont plus ce qu'elles étaient, explique Antoine Del Busso. «Le milieu de l'édition a beaucoup changé. C'est devenu un monde très commercial. Fides est maintenant une corporation à but lucratif.» Et Fides, croit-il, avait grand besoin de se repositionner dans le paysage éditorial. «J'ai voulu changer l'image de la maison. On ne pouvait plus continuer sur la lancée d'une maison religieuse, conservatrice. J'ai voulu nous démarginaliser.» Désormais, l'édition religieuse ne représente plus qu'environ 30 % des activités de la maison.

De nouveaux projets

Sous la direction d'Antoine Del Busso, Fides s'est notamment lancé dans l'édition de biographies traduites de l'anglais et consacrées à des personnages célèbres, depuis Dante jusqu'à Marlon Brando en passant par Martin Luther King. «La série n'a pas connu le succès que nous souhaitions, mais elle nous permet d'avoir une petite place en Europe. C'est pas mal. Et ce sont des livres qui durent.» Après vingt titres parus dans cette collection sous d'élégantes couvertures rigides illustrées grâce à des jaquettes de papier, l'éditeur a décidé de faire une pause. «Nous arrêtons pour l'instant la série, mais il n'est pas impossible que nous la poursuivions dans un an ou deux.»

Pour les années qui viennent, Antoine Del Busso mise beaucoup sur l'édition de livres universitaires et sur la venue éventuelle d'une nouvelle génération de romanciers chez Fides. Mais à défaut d'attirer déjà de nouveaux romanciers à son enseigne, il affirme devoir d'abord miser sur des «valeurs sûres» comme Jacques Savoie et Yves Beauchemin afin d'envoyer un message clair aux littéraires.

C'est dans cette optique que Fides a consenti une très forte avance à Yves Beauchemin afin de s'assurer d'être l'éditeur de son prochain roman. Combien Antoine Del Busso a-t-il consenti pour compter Beauchemin dans son écurie? «C'est la plus forte avance accordée dans toute ma carrière», se contente-t-il de répondre. Chez Québec Amérique, l'ancien éditeur de Beauchemin, on affirme avoir refusé à l'auteur du Matou «les 400 000 dollars qu'il exigeait parce que les ventes de ses derniers romans ne les justifiaient pas».

Chose certaine, le directeur général de Fides mise énormément sur ce prochain livre de l'auteur de Juliette Pomerleau. «Yves Beauchemin est désormais au sommet de son art. J'ai reçu les premiers chapitres de son nouveau livre. C'est très bon. Ce roman sera sans doute publié en deux ou trois volumes. Le premier tome est prévu dès l'automne, en octobre.» Ce prochain roman d'Yves Beauchemin raconte l'histoire d'un garçon né en 1967, année de l'Exposition universelle de Montréal. «C'est très contemporain», se contente pour l'instant de dire son nouvel éditeur qui affirme avoir déjà au moins dix chapitres en main. «Je dois attendre avant d'en parler davantage. Yves Beauchemin veut avoir rédigé l'ensemble du livre avant de se lancer plus en avant. Et je le comprends.» Le livre avait déjà été annoncé pour ce printemps avec le titre provisoire de Charles le téméraire.

Antoine Del Busso se dit satisfait du cours que prennent les choses chez Fides. «Nous allons désormais pouvoir enfin nous consacrer tout entiers à notre pôle d'édition», conclut-il.