La poésie envahit le centre Gaston-Miron

Gaëtan Dostie en août 2016 dans la Médiathèque littéraire qu’il a fondée, alors localisée sur la rue de la Montagne.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Gaëtan Dostie en août 2016 dans la Médiathèque littéraire qu’il a fondée, alors localisée sur la rue de la Montagne.

Il y a soudain beaucoup plus de souvenirs de soirées poétiques au Centre d’archives Gaston-Miron. Ce lieu, qui conserve et veut mettre en valeur des archives sur la littérature québécoise et particulièrement sur la poésie, a annoncé l’acquisition de 400 documents audio et vidéo cumulés par le vidéaste et collectionneur compulsif Gaëtan Dostie, aussi fondateur de la Médiathèque littéraire qui porte son nom. On y trouve des « lancements des éditions du Noroît, de la revue Exit, des colloques, une remise du prix Émile-Nelligan, des performances du festival Voix d’Amériques, des lectures de poésie », illustre le directeur du Centre, Karim Larose.

« Gaëtan Dostie a eu la passion et la ténacité de se rendre sur place et de filmer, et aujourd’hui on a la chance de pouvoir voir défiler des poètes de différentes générations », nomme celui qui est aussi professeur à l’Université de Montréal et spécialiste de la poésie québécoise, « de Roland Giguère à Paul-Marie Lapointe, en passant par Gilbert Langevin — il y a énormément de choses sur Langevin —, jusqu’à Hélène Monette, Patrick Coppens, Patrice Desbiens, Nicole Brossard… C’est lui qui a tourné 99,8 % de ces documents », amassant ainsi de multiples souvenirs d’événements poétiques.

Autant de visages et de voix que le centre Gaston-Miron cherche à garder vivantes, le plus longtemps possible. « On voulait aller chercher ces documents parce qu’ils n’étaient pas accessibles à la Médiathèque — pas classés, et on n’y trouvait pas nécessairement les appareils de lecture. Et parce que la préservation de l’audio et de la vidéo est plus délicate que celle des documents papier. On craignait pour les bobines, surtout pour les archives des années 1970. On retrouve cinq à six formats différents dans ces documents », de la bonne vieille bobine de film à la cassette audio, en passant par le VHS et le CD.

Un document qui touche particulièrement Karim Larose, l’adepte de poésie ? « Le plus insolite dans la collection, c’est l’enregistrement du Solstice de la poésie québécoise, organisé en 1976 au parc La Fontaine, entre autres par un jeune Gaëtan Dostie et par le poète de Québec Pierre Morency. » Une soirée qui a réuni des poètes importants de l’époque, dont Josée Yvon, Gatien Lapointe, Calixte Duguay, Michèle Lalonde, Suzanne Paradis, entre autres.

« L’audio et la vidéo demandent aussi une technologie, des appareils et des processus différents et un peu plus complexes pour la numérisation. Notre principal objectif, c’est de rendre ces documents accessibles à tous ceux qui veulent venir les consulter à l’Université de Montréal. On va uniformiser les formats, les rendre accessibles en numérique sur nos postes de travail. » Cette numérisation devrait être terminée à la fin de l’hiver.

Mis sur pied en 2008, le Centre d’archives Gaston-Miron possède une grande collection de documents audio et vidéo sur la littérature québécoise, et particulièrement sur la poésie. M. Larose rêve de pouvoir verser un jour les documents sur Internet. « Ça dépend des fonds disponibles, des droits d’auteur, et ça reste un travail colossal. Pour l’instant, l’idée est de préserver, de décrire les documents et de les rendre accessibles. » Le centre est rattaché au Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises.