«Calamity Jane»: la face cachée d’une rebelle

Les extraits présentés laissent entrevoir une femme attendrie, fière de sa fille, honteuse parfois de sa propre condition, repentante, tentant un peu à travers les missives d’offrir un côté sensible d’elle-même.
Photo: Albin Michel Les extraits présentés laissent entrevoir une femme attendrie, fière de sa fille, honteuse parfois de sa propre condition, repentante, tentant un peu à travers les missives d’offrir un côté sensible d’elle-même.

Légende féminine du Far West, Martha Jane Cannary — surnommée Calamity par George Crook, officier américain qui mena une lutte contre les Indiens d’Amérique — reste une figure mystérieuse et emblématique d’une époque révolue.

Bien que quelques sources permettent de retracer sa vie, plusieurs se contredisent, mais toutes en font un portrait singulier, en marge de la femme traditionnelle.

Convoyeuse de bétail, infirmière, cuisinière pour les ouvriers de chemins de fer, danseuse, tireuse hors pair, Calamity aurait mené une vie riche en aventures diverses.

Mythique femme

Mais, parallèlement à ce côté frondeur, cette mythique femme aurait aussi eu une enfant, Jean McCormick, donnée rapidement en adoption à une famille aisée.

Dans l’album intitulé Calamity Jane, le peintre François Roca reprend quelques extraits des lettres qu’elle aurait envoyées à sa fille afin qu’elle la connaisse autrement qu’à travers les racontars.

Les extraits présentés laissent entrevoir une femme attendrie, fière de sa fille, honteuse parfois de sa propre condition, repentante, tentant un peu à travers les missives d’offrir un côté sensible d’elle-même. Dévoilées en 1941 par Jean, les lettres connaîtront plusieurs éditions depuis 1949 jusqu’à aujourd’hui.

Fidèle à son art, à son style réaliste poétique, Roca offre quant à lui une adaptation illustrée élégante et raffinée dans laquelle il met en scène des moments qui permettent au lecteur de découvrir non seulement la femme, mais aussi son pays et son époque.

Action et émotion

De la table autour de laquelle elle s’adonne à une partie de poker avec des hommes, à l’immensité d’un ciel orageux sous lequel elle conduit une diligence, en passant par sa prestation à cheval au Wild West Show, les tableaux de Roca jouent d’angles, de perspectives et surtout de lumière qui dirigent l’oeil vers l’action et l’émotion.

Et, si elles donnent à voir différentes facettes de Calamity — tantôt bagarreuse, tantôt amoureuse, tantôt solitaire —, les peintures raffinées font au bout du compte une représentation sans doute un peu magnifiée de cette légende de la conquête de l’Ouest.

Extrait de «Calamity Jane»

Ma Chérie, Ceci n’est pas censé être un journal, et il se peut même que ça ne te parvienne jamais, mais j’aime penser à toi en train de lire […] Je suis seule dans ma cabane, ce soir, et fatiguée. J’ai fait aujourd’hui soixante miles à cheval jusqu’à la poste et suis rentrée ce soir. C’est ton anniversaire et tu as 4 ans aujourd’hui. Vois-tu, ton papa Jim m’a promis qu’il m’enverrait toujours une lettre chaque année, le jour de ton anniversaire. Comme j’ai été heureuse d’avoir des nouvelles de lui ! Il m’a envoyé ta petite photo : tu es mon portrait craché à ton âge et, en regardant ta petite photo ce soir, je m’arrête pour t’embrasser, et puis, à me souvenir, les larmes viennent et je demande à Dieu de me laisser un jour réparer mes torts d’une façon ou d’une autre […] 

 

Calamity Jane

★★★★

François Roca, Paris, Albin Michel Jeunesse, 2018, 48 pages