«Je t’aime beaucoup cependant»: la joie viendra

Quand il s’agit de plonger dans la délicate psyché d’un enfant, ou alors de trouver le ton juste pour exprimer les contraintes et les libertés de l’adolescence, Simon Boulerice n’a pas son pareil.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Quand il s’agit de plonger dans la délicate psyché d’un enfant, ou alors de trouver le ton juste pour exprimer les contraintes et les libertés de l’adolescence, Simon Boulerice n’a pas son pareil.

Après Jeanne Moreau a le sourire à l’envers, Paysage aux néons et L’enfant mascara, Simon Boulerice publie un quatrième roman dans la collection « Jeunesse » de Leméac : Je t’aime beaucoup cependant.

C’est bien connu, quand il s’agit de plonger dans la délicate psyché d’un enfant, ou alors de trouver le ton juste pour exprimer les contraintes et les libertés de l’adolescence, le prolifique auteur n’a pas son pareil. Cette fois ne fait pas exception.

S’emparer de l’affaire Cédrika Provencher, de ce que la mystérieuse disparition de la fillette et la découverte de ses restes ont laissé dans l’inconscient collectif des Québécois, pour transposer tout cela dans une fiction sensible, sans jamais verser dans le pathétique ni le sensationnalisme, et qui plus est avec de l’humour, des images percutantes et de délicieuses métaphores, voilà le défi relevé par Boulerice.

De 9 à 17 ans, Rosalie a vécu tant bien que mal avec le vide occasionné par l’inexplicable disparition de sa meilleure amie, Annie-Claude. Pour trouver la force de continuer, elle s’adresse à sa complice comme si elle était toujours là : « Tu es sur le qui-vive de ma conscience. »

Vous aurez compris que le quotidien de la narratrice n’est pas de tout repos : « J’ai passé à travers mon adolescence comme on traverse un champ de bovins : en retenant ma respiration et en regardant où je mettais les pieds pour éviter de marcher dans une bouse. »

Puis les ossements d’Annie-Claude sont retrouvés : « Tu es enfin morte. Je vais pouvoir passer à autre chose. Entamer mon deuil. » Heureusement, Rosalie n’est pas seule.

Auprès de la cégépienne, outre Vincent, son chum, dépassé par la situation, il y a Wendy, sa nouvelle complice, une fille pas banale, et les livres, notamment ceux de Philippe Besson, d’Anise Koltz et de Sylvia Plath, dans lesquels elle trouve un réconfort crucial : « Les mots et la fiction sont l’armure pour entrer en scène, dans la vie, avec un semblant de sécurité. » Pas de doute, un jour, la joie viendra.

Je t’aime beaucoup cependant

★★★ 1/2

Simon Boulerice, Leméac « Jeunesse », Montréal, 2018, 264 pages