«Comment je suis devenu cannibale»: écrire, mode d’emploi

Pour François Gravel, la patience est la première qualité d’un écrivain.
Photo: Annik MH De Carufel le Devoir Pour François Gravel, la patience est la première qualité d’un écrivain.

De quoi se nourrit un écrivain ? D’où viennent les histoires ? Comment s’écrit un livre, de l’idée de départ à l’objet que l’on tient entre nos mains ?

Le prolifique auteur François Gravel a eu la bonne idée d’expliquer à ses jeunes lecteurs quelles sont les étapes de son processus de création. Dans Comment je suis devenu cannibale, cet ex-professeur d’économie au collégial, qui a publié une centaine de livres depuis 1985, s’est fait poser ces questions un nombre incalculable de fois et a décidé d’y répondre en illustrant par l’exemple son processus créatif, réfléchissant pour ainsi dire à voix haute.

L’auteur d’Ostende et d’Adieu, Betty Crocker, surtout romancier pour la jeunesse (les séries Sauvage et Klonk, c’est lui), pratique un métier qu’il adore et qui lui « permet de passer presque toute la journée en pantoufles ».

À ses yeux, d’abord, la patience est la première qualité que devrait posséder tout écrivain. « Vous voulez écrire ? Achetez-vous un pot de colle format géant, étendez-en une couche généreuse sur votre chaise préférée et assoyez-vous dessus. » Lui qui ne fait pas de plan avant de se mettre à écrire (il le fait après) nous dit qu’en ce qui le concerne, le « problème n’est pas tant de manquer d’idées que d’en avoir trop » !

Entre l’idée de départ et le produit final, de son amour du tiret aux dangers d’avoir trop d’imagination, avec Comment je suis devenu cannibale l’auteur nous fait ainsi « l’histoire d’une histoire ». Des enseignants qui disparaissent, un restaurant rapide situé près d’une école qui sert un exotique et savoureux plat de viande, deux jeunes qui font enquête. Trois pincées de suspense et un soupçon de rebondissements.

Tout en élaborant sous nos yeux son histoire, l’auteur partage avec nous comment celle-ci lui a été inspirée, il ne nous cache pas ses doutes ni ses hésitations. En d’autres mots, il explique qu’un livre ne tombe pas du ciel.

Un livre est le fruit conjugué de l’inspiration, du talent et peut-être, surtout, nous dit Gravel, de l’effort. « Vous voulez quand même écrire un roman ? Allez-y. Personne ne vous en empêche. Vous en aurez donc pour des mois, et peut-être même des années, mais c’est possible : en écrivant un mot à la fois, on finit par composer des phrases qui se transforment bientôt en paragraphes, en pages, en chapitres et en tomes ! »

De quoi se nourrit un écrivain ? De tout et de rien. Mais en lisant un peu entre les lignes, on découvre qu’un écrivain est peut-être un peu cannibale. Et bien entendu, c’est aussi la « viande » que François Gravel sert lui-même à ses lecteurs… « Si jamais il vous prend l’envie de commettre un meurtre, faites comme moi : écrivez plutôt un roman, c’est moins risqué et ça peut même être payant ! »

Extrait de «Comment je suis devenu cannibale»

« La ponctuation est un élément capital du texte et ça vaut le coup de s’y attarder. Vos professeurs de français vous ont sûrement enseigné que “C’est l’heure de manger, les enfants !” ne veut pas dire la même chose que “C’est l’heure de manger les enfants !” Une simple virgule peut faire une grande différence. »

Comment je suis devenu cannibale. L’histoire d’une histoire

★★★ 1/2

François Gravel, Québec Amérique, Montréal, 2018, 174 pages