Les revenus des écrivains se réduisent comme peau de chagrin, observe l'UNEQ

L’UNEQ aimerait également qu’il y ait plus de bourses pour davantage d’auteurs.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir L’UNEQ aimerait également qu’il y ait plus de bourses pour davantage d’auteurs.

Les revenus des écrivains québécois restent faméliques, selon un sondage mené par l’UNEQ qui révèle que le montant annuel moyen provenant de leur travail littéraire dépasse à peine les 9000 $. Et les solutions passent par la refonte de la loi fédérale sur le droit d’auteur, croit la présidente de l’organisme.

Dans le coup de sonde mené l’été dernier auprès de 521 de ses quelque 1600 membres, l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) détaille l’état des lieux financier pour les plumes québécoises.

On y note que 90 % des répondants n’ont pas engrangé un revenu annuel lié à leurs activités littéraires supérieur à 25 000 $. Alors que le salaire moyen des répondants atteignait 9169 $, lesalaire médian — le point où 50 % de l’échantillon perçoit un salaire supérieur et 50 % perçoit un salaire inférieur — ne dépassait pas les 3000 $.

La pyramide des revenus des auteurs québécois a donc une base très large, et une pointe très mince : 4,3 % des sondés gagnaient plus de 40 000 $ de leur travail littéraire, et le pourcentage diminue à 2,6 % à 50 000 $.

«Ce n’est pas faramineux, comme on dit, constate la présidente de l’UNEQ, Suzanne Aubry. Si on compare à des chiffres de 2008, c’est sensiblement la même situation, peut-être pire même. Ce n’est pas un portrait rassurant. »

Ceux qui exercent le métier d’écrivain doivent donc multiplier les sources de revenus, soit par la pige, l’écriture d’articles, la traduction, l’enseignement… « Ça devient encore plus difficile, il y a plus d’activités à gérer, donc ça complique d’autant plus la vie. Et pour des personnes qui ont des familles, ce n’est pas évident non plus », explique Mme Aubry, ajoutant que 27 % des membres de l’UNEQ sondés ont déclaré devoir faire davantage d’activités qu’il y a trois ans pour essayer de vivre de leur plume.

Si les revenus des écrivains proviennent à près de 40 % des redevances traditionnelles — en général 10 % du prix de vente d’un livre —, 22 % des gains des auteurs sont issus de conférences, ateliers ou autres lectures.

Le littéraire du Québec fait-il exception au pays ? Non, précise l’UNEQ, qui a calqué son sondage sur celui de The Writers’Union of Canada (TWUC), qui a rejoint 2000 répondants. À titre indicatif, les auteurs canadiens gagnent en moyenne 9380 $, pour un revenu médian de 4000 $.

Perte de revenus

L’UNEQ ajoute que 27 % des répondants ont subi une perte de revenus provenant des sociétés de gestion collective des droits de reproduction Copibec et Access Copyright depuis 2014. Le pourcentage monte à 30 % dans le sondage canadien de la TWUC.

C’est là un des principaux problèmes et donc une des pistes de solutions majeures aux yeux de l’UNEQ.

« On peut lier ça directement aux exceptions qui ont été introduites dans la loi du droit d’auteur par les conservateurs, dit Suzanne Aubry. C’est un des trous qui permet aux institutions d’enseignement d’utiliser nos oeuvres, d’interpréter les lois en leur faveur, et de moins payer ou de ne pas payer du tout dans certains cas. »

L’UNEQ milite donc pour que la loi fédérale soit revue et corrigée en faveur des ayants droit. Elle aimerait aussi que soit revisitée, du côté provincial, la Loi sur le statut des artistes, qui ne donne pas aux auteurs la possibilité de négocier leurs conditions collectivement, comme le fait l’UDA pour les comédiens, par exemple.

« Il faut plus de mordant dans la loi, qui obligerait les éditeurs à négocier » et à appliquer les différentes ententes, croit la présidente de l’UNEQ. « Ça fait de nous des artistes à part, finalement, on n’a pas le même traitement que les autres artistes. Pourquoi, c’est la grande question qu’on pose, c’est injuste. »

Mme Aubry donne l’exemple des formulaires de reddition de compte que remettent les éditeurs aux auteurs pour que ceux-ci sachent les quantités de livres écoulés. « On a convenu d’un formulaire qui est très bien, sauf qu’il n’est pas appliqué parce que ce n’est pas obligatoire. Tant que ça ne sera pas obligatoire, ça restera un coup d’épée dans l’eau. »

L’UNEQ aimerait également qu’il y ait plus de bourses pour davantage d’auteurs. « Si on veut une littérature forte et audacieuse, il faut continuer à investir de toutes les façons dans nos écrivains. »

Suzanne Aubry n’est pas une partisane de l’école de la création plus fertile dans la souffrance; elle s’inquiète même de voir moins de prises de risques dans la littérature d’ici. « Il faut des conditions d’écriture et de revenus décentes pour qu’il y ait une professionnalisation du métier. C’est un métier, être écrivain. »

Métier écrivain ?

Y a-t-il déjà vraiment eu des « écrivains de métier » au Québec ? Non, tranche la professeure en histoire de la littérature et de l’édition québécoise à l’Université de Sherbrooke Marie-Pier Luneau.

Jusqu’aux années 1970, sauf des cas isolés, être écrivain n’était pas vraiment un métier. Certains, comme Gabrielle Roy, Anne Hébert, probablement aujourd’hui Jacques Poulin, arrivent à un moment à vivre de leurs textes, « mais ils vivent souvent de peu, il faut aussi le dire, ils en tirent des revenus, pas des richesses », précise Mme Luneau. C’est à partir des années 1980, avec le développement de l’édition, du marché du livre et des premiers best-sellers — Le matou, d’Yves Beauchemin, 1981 — que se développe l’idée que certains romanciers peuvent vivre, parfois, de leurs plumes.

Pour le chercheur postdoctoral à McGill David Bélanger, spécialiste des discours sur la littérature québécoise, l’écrivain professionnel « est une contradiction. On a longtemps eu des écrivains dilettantes et, dans les années 1980, quand le mécénat a achevé de prendre toute la place qu’il prend aujourd’hui, on s’est mis à se demander un peu si l’écrivain professionnel empêchait le dynamisme, l’affluence de nouvelles voix, etc. Il semble que non. Il n’empêche rien. »

M. Bélanger estime toutefois qu’à côté de l’écrivain professionnel, « il faut espérer, pour notre écosystème littéraire, des formes de résistances ; il ne faut pas que ce système institutionnel constitue la fin en soi. […] J’aime à penser que certains continuent à écrire en résistance à cette économie de marché. »