«Maïmaï»: tragédie douce-amère

Aki Shimazaki
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Aki Shimazaki

Le quotidien de Maïmaï est empreint d’un calme qui semble inatteignable. Et pourtant. Dans ce cinquième et dernier roman du cycle de L’ombre du chardon, les secrets du passé, arrivés dans la lumière du jour avec la lenteur d’un escargot, s’apprêtent à imposer leur fatalité.

Tout commence avec la mort subite de Mitsuko, femme forte, intellectuelle autodidacte, propriétaire d’une librairie spécialisée et, surtout, mère de Tarô, jeune peintre sourd et muet. Les gens sont nombreux — surtout des hommes — à passer à la librairie pour offrir leurs condoléances.

Selon ses volontés, les cérémonies funèbres sont sobres et, bientôt, la vie reprend le dessus. Tarô transforme la librairie en galerie et emménage dans l’appartement du dessus avec sa grand-mère, Bâchan.

La mort aurait pu être un tsunami, mais elle n’est qu’une vague de plus dans le flot de la vie. Et puis Mitsuko n’est pas tout à fait morte : elle vit dans les tableaux de Tarô et les récits qui nourrissent son souvenir.

Or, dans ce calme retrouvé surgit Hanako, amie d’enfance de Tarô depuis longtemps perdue de vue. Aussitôt, c’est le coup de foudre. Dans la naissance de leur amour et le collage de leurs souvenirs d’enfance s’immisce un passé qui porte son lot de tracas.

Maïmaï nous offre un univers où tout est en sourdine. À l’instar de cette écriture simple, dénudée, les rapports humains y sont dictés par la douceur et la spontanéité.

La force de Shimazaki est d’opposer la sensibilité de ses personnages à la structure sociale qui les régit, complexe et insidieuse, imposant son fardeau aux destins individuels.

La chute de l’histoire se laisse deviner à mi-récit et cela émousse le plaisir de lecture. Néanmoins, Maïmaï est une belle immersion dans l’univers de l’écrivaine, où tragédie et douceur se confondent en une méditative mélancolie.

Extrait de «Maïmaï»

« Je leur ai appris d’abord que tu es sourd-muet. Ils m’ont objecté : “Comment seras-tu capable de vivre avec un handicapé !” J’ai répondu que tu étais tout à fait autonome comme peintre et que tu avais déjà ta propre galerie en plus d’un appartement. Finalement, ils se sont calmés. »

Maïmaï

★★★

Aki Shimazaki, Leméac / Actes Sud, Montréal, 2018, 173 pages