Littérature jeunesse: coup d’œil sur quelques splendeurs

Marie Fradette Collaboration spéciale
Mes Aïeux figure parmi les interprètes de l’album «Tam ti delam» des éditions La Montagne secrète.
Photo: Marie-Hélène Tremblay Mes Aïeux figure parmi les interprètes de l’album «Tam ti delam» des éditions La Montagne secrète.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Depuis Kipling jusqu’au patrimoine de la chanson québécoise en passant par les incontournables Rébecca Dautremer et Benjamin Lacombe, le monde de la littérature jeunesse porte, en cette veille des Fêtes, ses plus beaux atours. Voici des titres, choisis parmi l’abondance, qui sauront faire briller l’œil, palpiter le cœur et égayer l’esprit.

Chansons, géants et autres féeries

Fidèles à leur mission, les éditions La montagne secrète récidivent cette année avec une compilation de chansons issues du patrimoine québécois. Album musical, Tam ti delam regroupe ainsi dix airs de créateurs connus, tels Leclerc, La Bolduc, Léveillée, mais aussi des artistes à découvrir, notamment Lionel Daunais et Joseph Beaulieu. Thomas Hellman, Jorane, Mes Aïeux et d’autres se livrent à des interprétations très enjouées qui invitent à poursuivre la découverte de ces géants. L’alouette du matin, de Beaulieu, est particulièrement touchante sous la voix de Mara Tremblay, qui parvient toujours à nous emporter loin et bien. Le tout est illustré avec douceur par Marie Lafrance.

Martine Latulippe ravive aussi la mémoire culturelle. Dans Les érables rouges, elle reprend une légende wendat qui met en lumière l’origine de l’automne. Loin d’être un phénomène naturel, la coloration des feuilles viendrait du sang versé par un ours encorné par un cerf à l’orgueil aussi gros que ses bois. Le sang aurait taché les feuilles et contraint le cervidé à perdre sa ramure chaque automne. Dans une reprise simple, l’adaptation permet de saisir clairement l’essence du propos. Les illustrations pleines pages de Fabrice Boulanger offrent une perspective candide de l’univers présenté, ce qui édulcore toutefois quelque peu la force de cette légende.

Avec Le géant, la fillette et le dictionnaire, Jean Leroy livre un conte qui unit dans une ronde des plus improbables des personnages plus grands que nature. Un marchand de dictionnaires laisse tomber son livre devant un géant. Curieux, ce dernier feuillette le tout petit ouvrage et y découvre le mot ogre. Il n’en faut pas plus pour qu’il se déniche une fillette et ait envie de la faire cuire avec quelques légumes. À l’instar des personnages des contes traditionnels, ce trio laisse place à une fabuleuse histoire illustrée par Stéphane Poulin. L’artiste méticuleux joue avec les perspectives, plonge l’œil du lecteur à hauteur des personnages, nous les montre avec un réel enrobé de poésie.

Si Olivier Tallec ne fait pas dans le conte, il fait toutefois dans le réel avec un humour et un angle qui surprennent parfois ses lecteurs. J’en rêvais depuis longtemps en est. Il raconte ici l’histoire d’une grande amitié entre un garçon et un petit chien. Le lecteur croira pendant un long moment que la narration est tenue par le petit, mais cela tient à notre vision très limitée du monde. Et si c’était le chien qui rêvait d’un ami humain ? Les illustrations apportent en ce sens un complément d’information qui déjoue les horizons d’attente. La singularité avec laquelle Tallec aborde une simple relation enfant-animal et l’humour caricatural de ses illustrations font de cet album un petit joyau sur six pattes.

Récits de formation

Quelques années avant de perdre son fils aîné au cours de la bataille de Loos, Rudyard Kipling écrit If, ce poème sur l’amour filial empreint de sagesse et d’authenticité. Illustré avec un réalisme poétique envoûtant par Giovanni Manna, Si – Tu seras un homme, mon fils reprend le texte de l’auteur britannique et le raconte, à la manière d’une histoire. Pour les puristes, le poème original — traduit en français par André Maurois en 1918 — apparaît en fin d’ouvrage, laissant le lecteur découvrir la beauté et surtout l’amour et la force que ce père avait pour son fils.

Dans cette même volonté de partager la beauté, Benjamin Lacombe fait paraître chez Daniel Maghen Curiosities, un recueil regroupant ses grandes œuvres parues entre 2003 et 2018, des illustrations tout comme des sculptures réalisées pour l’exposition Memories présentée à la galerie Maghen en 2011. Ce livre est une véritable plongée au cœur de l’art de cet artiste peintre singulier, de ce créateur d’ambiances, de ce portraitiste au talent immense. Et, pour les amateurs indéfectibles, les éditions Albin Michel éditent — comme tous les ans — un calendrier, un livre de notes et un agenda illustrés par l’artiste.

Autre objet de collection, splendeur à tout point de vue, Les riches heures de Jacominus Gainsborough nous invite à découvrir la vie d’un lapin rêveur et solitaire, une créature sensible qui saura, malgré une petite patte fatiguée, emprunter un chemin lumineux. De son enfance jusqu’à sa mort, il partage les moments de sa vie avec poésie, tendresse et douceur. Récit initiatique, le texte d’une grande beauté n’a d’égal que les tableaux délicats de Rébecca Dautremer.