Décès du scénariste William Goldman

William Goldman à New York en 2003
Photo: Ray Amatri Agence France-Presse William Goldman à New York en 2003

On attribue souvent à Hitchcock une citation affirmant en substance : « Pour obtenir un grand film, trois choses sont essentielles : le scénario, le scénario et le scénario. » Le paradoxe étant que les noms des scénaristes comptent rarement parmi ceux dont on se souvient à l’issue d’un film, contrairement à ceux des « stars » et, là encore pas toujours, des cinéastes. Décédé vendredi à l’âge de 87 ans, William Goldman fut, au faîte de sa gloire, cette créature rarissime : un scénariste vedette. Lauréat de deux Oscar pour Butch Cassidy and the Sundance Kid et Les hommes du président, il était aussi essayiste et écrivain : adapté de son propre roman, La princesse Bouton d’or devint culte.

Ponctuée de hauts et de bas, sa carrière à Hollywood lui inspira très tôt l’une de ses formules les plus célèbres : « Personne ne sait rien. »

Né à Chicago en 1931, William Goldman passa son enfance dans une banlieue cossue auprès d’une mère atteinte de surdité et d’un père homme d’affaires qu’il vit se ruiner dans l’alcool jusqu’au suicide.

En 1952, il obtint un baccalauréat en arts puis effectua son service militaire. En 1956, entre deux versions d’un mémoire de maîtrise, il écrivit en dix jours un premier roman, The Temple of Gold, qui connut un beau succès.

Scénariste accidentel

Publié en 1960, un troisième roman, Soldier in the Rain, d’après ses réminiscences militaires tragicomiques, devint un film en 1963 avec Steve McQueen. Goldman ne fut pas impliqué dans la production, non qu’il eut à ce stade nourri quelque velléité du genre.

En effet, sa vie durant, il se considéra d’abord comme un écrivain. Et c’est parce qu’il apprécia l’un de ses romans, No Way to Treat a Lady (devenu film en 1968), que l’acteur Cliff Robertson lui proposa, en 1964, d’adapter le roman Des fleurs pour Algernon (Charly au cinéma). La version deGoldman ne fut pas retenue, mais les deux hommes collaborèrent l’année suivante sur la comédie d’espionnage Doubles masques et agents doubles (Masquerade).

Un baptême du feu hollywoodien sur lequel revint le scénariste néophyte dans son essai de 1983 Adventures in the Screen Trade, considéré comme une lecture essentielle, tant pour son acuité que son humour.

Photo: Associated Press Le scénariste lors de son discours d’acceptation pour son Oscar du meilleur scénario adapté pour «Les hommes du président», en mars 1977 à Los Angeles.

Plus déterminante s’avéra sa seconde incursion au cinéma : le drame policier Harper, avec Paul Newman dans le rôle d’un détective privé imaginé par l’écrivain Ross Macdonald, cartonna en 1966.

Un roman publié et deux scénarios rejetés plus tard, Goldman prit une pause et le chemin de Princeton, où il enseigna tout en poursuivant ses recherches sur les célèbres hors-la-loi Butch Cassidy et Sundance Kid.

Il en résulta un scénario qui, en 1969, fut acheté par le studio 20 th Century Fox pour la somme record de 400 000 $US (environ 2,7 millions en dollars d’aujourd’hui). Mettant de nouveau en vedette Paul Newman, cette fois face à Robert Redford, le film qu’en tira George Roy Hill valut à Goldman l’Oscar du meilleur scénario original.

Redford et lui refirent équipe pour la comédie policière Les quatre malfrats (The Hot Rock ; 1972), la chronique La kermesse des aigles (The Great Waldo Pepper ; 1975), puis, fameusement, Les hommes du président (All the President’s Men ; 1976), d’après l’ouvrage factuel des journalistes Carl Bernstein et Bob Woodward sur le Watergate. À son premier Oscar s’ajouta donc celui du meilleur scénario adapté.

À noter que Goldman obtint un autre gros succès cette année-là en adaptant son roman Marathon Man, avec Dustin Hoffman en doctorant new-yorkais torturé par un criminel nazi joué par Laurence Olivier.

Ironie du sort que revisita le principal intéressé dans un autre essai, à ce triomphe succéda une seconde période de morosité cinématographique : réalisé par Richard Attenborough, le drame de guerre Un pont trop loin (A Bridge too Far) se solda par un flop retentissant en 1977 (idem pour leur Chaplin, en 1992). Mieux accueillie et forte d’un box-office respectable en 1978, leur adaptation à tous deux du roman Goldman Magic, chronique d’un ventriloque dérangé (Anthony Hopkins), ne dissuada pas celui-ci de faire une pause.

Derniers succès

Las de l’interférence des cadres de studios, Goldman retourna ainsi exclusivement à l’écriture romanesque. Il revint au cinéma en 1986 en adaptant son roman Heat, avec Burt Reynolds : « L’un de mes pires désastres », confessa-t-il.

Plus heureuse : son adaptation de son roman La princesse Bouton d’or (The Princess Bride ; 1987), qui lança Robin Wright dans le rôle-titre. Le réalisateur Rob Reiner lui confia ensuite la convoitée adaptation du best-seller de Stephen King Misery (1990), avec le succès que l’on sait. Goldman signa également la version scénique pour Broadway, en 2015.

Basée sur l’auguste série télévisée, la comédie western Maverick (1994), avec James Garner, Mel Gibson et Jodie Foster en as du poker, fut son dernier réel succès comme scénariste. Jusqu’à la fin cependant, il demeura l’un des consultants les plus prisés d’Hollywood. Peut-être après tout, William Goldman savait-il quelque chose.