«Salina»: mère en exil

D’un seul souffle, dans un style concis et impeccable, Gaudé nous livre cette histoire, aussi sensible que percutante.
Photo: Leonardo Cendamo D’un seul souffle, dans un style concis et impeccable, Gaudé nous livre cette histoire, aussi sensible que percutante.

Le dernier roman de Laurent Gaudé, Salina, s’ancre dans un monde lointain, apparenté à l’Afrique saharienne, prenant racine dans une époque révolue. C’est un univers proche de celui des mythes anciens, mais qui, une fois apprivoisé, se révèle au plus profond de nous, intemporel et universel, puissant.

On y retrouve Salina, partout étrangère, toujours malmenée, qui s’ébroue dans l’amour et la vengeance pour trouver la paix.

Salina, accompagnée de son fils Malaka, est parée pour son troisième exil, son dernier. Ensemble, ils amorcent une longue traversée loin de leur vie, à travers montagnes rocailleuses et déserts arides, où Salina rejoindra « l’autre bout de sa vie » : sa propre mort.

Le fils, alors seul pour la première fois, n’aura qu’une seule idée en tête : « Elle ne connaîtra rien de ces terres qu’il va parcourir mais elle est là, encore, contre lui, et il lui reste à trouver un endroit où l’ensevelir dans cette immensité nouvelle. »

Arrivé dans une cité étrangère, à bord de l’embarcation d’un passeur, il met le cap sur un cimetière insulaire, racontant alors la fabuleuse histoire de sa mère, faite de mariage et d’exils forcés.

Son récit attire les curieux et les barques se multiplient autour de la sienne où, à la tombée de la nuit, « il s’endort, ainsi, entouré de cent voix murmurées qui répètent et diffusent l’histoire de celle qu’il emmène au cimetière ».

D’un seul souffle, dans un style concis et impeccable, Gaudé nous livre cette histoire, aussi sensible que percutante. Ce roman redonne à la vie son caractère sacré et lui offre ce qu’il y a de plus beau : un récit. Celui-là même qui cultive nos civilisations et notre imaginaire.

Salina est notre mère à tous et l’histoire de ses exils, à l’aune des mouvements migratoires qui agitent notre monde, est celle que nous avons besoin d’entendre.

Laurent Gaudé sera au Salon du livre de Montréal le 17 novembre.​

Salina les trois exils

★★★★

Laurent Gaudé, Actes Sud, Arles, 2018, 150 pages