De quoi nourrir cinq fois l’imaginaire

Les auteurs Lula Carballo, Dominique Fortier, Karoline Georges, Kevin Lambert et Jean-Christophe Réhel étaient présents lors du dévoilement des cinq fictions finalistes.
Photo: Marie-France Coallier Le devoir Les auteurs Lula Carballo, Dominique Fortier, Karoline Georges, Kevin Lambert et Jean-Christophe Réhel étaient présents lors du dévoilement des cinq fictions finalistes.

La grisaille de novembre est bien accrochée, voici cinq façons de l’illuminer. Le Prix littéraire des collégiens a dévoilé vendredi les cinq fictions finalistes de son édition 2019. Le quintette est disparate mais complémentaire, partageant un même don, celui de ne pas nous laisser intacts. Tour d’horizon.

Créatures du hasard de Lula Carballo (Le cheval d’août) est un récit biographique romancé qui retrace le quotidien d’une enfant de neuf ans, quelque part dans les années 1990, au coeur d’un quartier populaire d’Amérique du Sud. D’une dureté belle et incarnée, ce portrait distille une crudité presque frondeuse. La langue est vive et colorée, en harmonie avec le microcosme féminin qui y est dépeint avec amour.


Les villes de papier de Dominique Fortier (Alto) explore la figure de l’écrivaine américaine Emily Dickinson de l’intérieur, à travers ses livres, son jardin et ses fantômes. Cette brillante exofiction sur la nécessité de se créer un espace à soi a parfois des allures de récit refuge dont la lecture, si érudite soit-elle par moments, fait un bien fou. La langue est lumineuse, précise ; la structure ambitieuse et pleine de délicatesses.


De synthèse de Karoline Georges (Alto) met en lumière l’aboutissement d’une relation filiale du point de vue d’une femme-image renouant avec sa famille au moment où sa mère entre en phase terminale. La réflexion est vive, ambitieuse, même. Sur nos rapports aux images, mais aussi sur ce qui nous lie aux autres, ce que nous voulons/pouvons partager avec eux. La langue est à l’avenir, précise comme un scalpel, belle comme un soleil ardent par grand froid.


Querelle de Roberval de Kevin Lambert (Héliotrope) est bien plus qu’une fiction syndicale, c’est aussi un acte de piraterie littéraire assumé et fort réussi (le beau Querelle du titre est un héros de Jean Genet copié-collé dans ce décor québécois). L’oralité y est puissante, presque perverse, la langue experte, capable de tout. L’ensemble est empreint d’une violence explicite et sociale par ailleurs jamais gratuite.


Ce qu’on respire sur Tatouine de Jean-Christophe Réhel (Del Busso) est un roman hors norme, brodé de motifs simples mais imparables. On y raconte le quotidien d’un jeune résident de Repentigny, mais aussi la fibrose kystique avec laquelle Jean-Christophe Réhel cohabite, dans la vie comme dans ses livres. Le regard est décalé, un peu sombre, le souffle hachuré, la langue évocatrice et pleine de lumière.


Le jury de sélection des oeuvres est coprésidé par la directrice des pages culturelles au Devoir, Louise-Maude Rioux Soucy, et Manon Dumais, responsable par intérim des contenus Lire au Devoir. Leurs complices au sein de ce jury sont Christian Desmeules et Dominic Tardif, journalistes au Devoir, ainsi que David Laporte, de Nuit blanche, et Laurence Côté-Fournier, collaboratrice au CRILCQ, critique à Nouveau Projet et Liberté.

Doté d’une bourse de 5000 $, le Prix vise à promouvoir la littérature actuelle auprès des collégiens en encourageant l’exercice du jugement critique au fil de la lecture d’oeuvres québécoises récentes. Le Prix sera décerné en avril 2019 lors du Salon international du livre de Québec par un grand jury formé d’étudiants du collégial, auxquels s’ajouteront les élèves du lycée Cours Bastide de Marseille, en France, et du Lycée français de Chicago.