«Pont Rhodia»: dans l’autobus de la poésie

Xavière Mackay ajoute à ce choeur généralement accablé d’aliénés et de cyniques une voix plus prompte à inventer sa joie.
Photo: Xavière Mackay ajoute à ce choeur généralement accablé d’aliénés et de cyniques une voix plus prompte à inventer sa joie.

Le Stainless d’Hugo Beauchemin-Lachapelle. Le Tabloïd de Mathieu K. Blais. La main invisible de Charles Dionne. Le Chenous de Véronique Grenier. Une courte énumération, une observation facile : la poésie québécoise angoisse depuis quelques années déjà face aux couleurs pâlottes de ce téléroman éternellement en rediffusion que l’on appelle le quotidien.

Xavière Mackay ajoute à ce choeur généralement accablé d’aliénés et de cyniques une voix plus prompte à inventer sa joie, même si l’épuisement s’écrase souvent sur ses épaules et que l’autobus passe toujours trop tôt. La poésie de Pont Rhodia, du nom du bloc-notes orange dans lequel se réfugie la jeune mère pendant son trajet de transport en commun, tient moins à la fulgurance d’images vraiment bien trouvées qu’à la description judicieusement découpée d’un instant que l’acte d’écriture permettrait d’arracher à sa banalité.

En empruntant à la poésie américaine son rapport à la narrativité et à la répétition de leitmotiv, cette prisonnière volontaire du 9 à 5 nomme ses problèmes de walk-in, son incessante envie de danser et son incapacité à méditer dans de courts textes alternant parfois d’un vers à l’autre entre l’ironie et la gratitude. Tâcher de sublimer sa torpeur en sérénité, donc, plutôt que de trop simplement célébrer la proverbiale beauté des petites choses. Traité du zen et du vidage répété du bac de recyclage ? Quelque chose comme ça, oui.

En faisant foisonner les hyperboles coiffées d’interjections (« merde ! ») et en glissant parfois vers l’anglais, Xavière Mackay s’amuse à pousser les poèmes de ce premier livre jusqu’à la limite qui les séparerait d’un statut Facebook plein d’esprit, comme si elle se demandait elle-même à quoi tient la poésie (grosse question).

Mais elle revient toujours du côté de la félicité d’une vie amoureuse et familiale estompant le gris. Elle revient toujours — osons le mot chargé — du côté du sacré : « mon amour / mes maux sont de l’amour / ma fatigue est de l’amour / mes fous rires / tout ».

Xavière Mackay sera au Salon du livre de Montréal les 17 et 18 novembre.

Pont Rhodia

★★★ 1/2

Xavière Mackay, Le Quartanier, Montréal, 2018, 72 pages