«L’atelier Mastodonte, tomes 1 à 5»: l'extinction du Mastodonte

Une case du premier tome de L’atelier Mastodonte
Illustration: Alfred / Dupuis Une case du premier tome de L’atelier Mastodonte

Dans le numéro 4196 du journal Spirou, en septembre dernier, paraissaient les dernières demi-planches de L’atelier Mastodonte, causant un grand chagrin… à qui au juste ? Aux assidus hélas pas assez nombreux de la série, laquelle décrivait brillamment et savoureusement le petit monde des coulisses de la bande dessinée franco-belge. Voilà une série que l’on redécouvrira et qui deviendra mythique, au même titre que Le trombone illustré, ce « journal dans le journal » qui squatta Spirou en l’an de grâce 1977.

L’atelier Mastodonte, dont les gags ont été rassemblés en six demi-albums à ce jour — le sixième paraîtra en janvier et il y en aura un septième avant que l’on mette définitivement la clé sous la porte —, aura été le fantasme fou de toute une génération de dessinateurs et de scénaristes, dans l’esprit du véritable atelier des années 1950 que partagèrent collégialement les Franquin, Will, Morris et Jijé, grands fauchés de l’âge d’or du 9e art.

L’idée en était simple : raconter le quotidien dudit atelier — et les vicissitudes du métier — à travers des gags conçus par le cercle pas très fermé de ses artisans, dans toutes les permutations imaginables. Une bonne quarantaine d’auteurs célébrés, méconnus ou débutants se relayèrent et s’associèrent ainsi dans l’hebdo depuis le numéro 3825, de Feroumont à Nob, de Yoann à Cyril Pedrosa, de Mathieu Sapin à Julien Neel. Chacun y exacerba traits de caractère et manies énervantes, devenant de véritables personnages : Lewis Trondheim en manitou irascible à la production phénoménale, Tebo l’obsédé du gag scato, et ainsi de suite. Toute la vie du bédéiste moderne y passa, regard férocement drôle et parfois désespérant sur les séances de dédicaces, les rapports avec le rédac-chef de Spirou, et jusqu’à l’adaptation de bédés au cinéma.

Sans doute faut-il être très bédéphile pour apprécier à sa juste mesure le Mastodonte : ça tenait parfois du journal interne. Mais c’était aussi, le plus souvent, et ça demeurera pour les chanceux qui trouveront dans l’avenir les trop rares exemplaires des albums, un prétexte à déconnage en règle qui régale et donne envie d’aller lire les oeuvres de tout le monde.
 

L’atelier Mastodonte, tomes 1 à 5

★★★★

Collectif, Paris, Dupuis, 2013-2018.