Pierre Guyotat lauréat du prix Médicis pour «Idiotie»

Le romancier de 78 ans vient de recevoir le prix spécial du jury du prix Femina pour l'ensemble de son œuvre.
Photo: Philippe Lopez Agence France-Presse Le romancier de 78 ans vient de recevoir le prix spécial du jury du prix Femina pour l'ensemble de son œuvre.

L’écrivain Pierre Guyotat a reçu mardi le prix Médicis pour Idiotie (Grasset), formidable récit du passage à l’âge adulte d’un des écrivains français les plus subversifs.

Rachel Kushner a eu le prix du roman étranger pour Le Mars Club, traduit de l’anglais par Sylvie Schneiter (Stock), tandis que Stefano Massini a remporté le Prix essai pour Les frères Lehman (Globe).

Pierre Guyotat avait déjà reçu lundi le prix spécial du jury du prix Femina pour l’ensemble de son oeuvre.

 
Photo: Grasset

« Cette Idiotie traite de mon entrée, jadis, dans l’âge adulte, entre ma dix-neuvième et ma vingt-deuxième année, de 1959 à 1962 », résume l’auteur de Tombeau pour cinq cent mille soldats, aujourd’hui âgé de 78 ans.

Oeuvre autobiographique, Idiotie est portée par un souffle qui ne faiblit jamais. Le récit commence à l’automne 1958. Le jeune Guyotat, âgé d’à peine 18 ans et donc encore mineur, a quitté Lyon pour Paris persuadé que c’est dans la capitale qu’il pourra accomplir son destin de poète. Son père, médecin, a lancé un détective privé à ses trousses.

La vie est rude. Il dort sous le pont de l’Alma. Avec sa langue à la fois crue et ciselée, Guyotat nous régale de tableaux animés d’un Paris populaire qui n’est plus. Coursier, il épie un couple par un volet laissé entrouvert.

Toutes les obsessions de Guyotat sont là : « j’entends les bouches se baiser, les salives clapoter, les dents tinter, les mains prendre, serrer, caresser, fouiller, fouailler, les poils se frotter… »

En 1961, alors que son premier texte (Sur un cheval) vient d’être accepté par le Seuil, il est appelé sous les drapeaux pour servir en Algérie.

Son esprit réfractaire ne fait pas bon ménage avec la discipline militaire. Tabassages, vexations des gradés, séjours au cachot… Des pages hallucinantes et terribles. « Notre soumission, l’ignorance où l’on nous tient de tout ce qui est et vient, c’est un cauchemar dont, sortant de l’enchantement de la sottise, il faut se réveiller et rire… »

Ramené à la vie civile, Guyotat reste hanté par « tous les égorgés, tous les mutilés du nez, des lèvres, des oreilles, tous les énucléés, tous les démembrés, tous les désentraillés, tous les traqués abattus, tous les battus à mort, tous les déchiquetés, tous les enflammés, bébés jetés contre les murs, mères enceintes éventrées, toutes les violées, tous les torturés […] victimes à retardement du crime originel de la conquête ». Il retourne à Paris, « vers la faim », mais « décidé à en découdre ».