Les livres du Québec en France

Alors que les librairies françaises vivent une sorte de crise et que leur chiffre d'affaires a baissé en 2003 par rapport à 2002, la Librairie du Québec à Paris et son réseau de distribution — Distribution du Nouveau-Monde — se portent quant à eux plutôt bien.

C'est du moins ce qu'avance Sylvain Nault, qui dirige les deux organismes à Paris. Dans le cas de la Librairie du Québec à Paris et de Distribution du Nouveau-Monde, dit-il, les ventes ont connu une hausse de 5 à 6 % de 2002 à 2003. En fait, si on regarde les chiffres depuis l'ouverture de la librairie en 1995, ajoute-t-il, la progression des ventes a été constante, sauf dans les années 1998-99.

«Cela peut s'expliquer du fait que l'on est une librairie très spécialisée, ajoute-t-il. On n'est pas à la merci des crises comme les autres librairies. Nos clients sont des gens qui s'intéressent de près ou de loin au Québec, ce sont des clients motivés.»

Rappelons que la Librairie du Québec à Paris a été vendue au groupe HMH en 2000. Comme l'explique M. Nault, la Librairie du Québec à Paris tient beaucoup d'ouvrages sur le Québec ainsi que des ouvrages écrits par des Québécois. À l'inverse, le réseau de distribution du Nouveau-Monde mise plutôt sur des livres d'intérêt universel mais écrits par des Québécois.

Pour la distribution dans les librairies françaises, «les livres que l'on sélectionne sont triés, choisis, sélectionnés de façon très pointue pour éviter un taux de retour trop important. Les livres que l'on distribue ne sont pas des livres qui s'affichent comme étant québécois. Dans l'ensemble, ce sont des guides pratiques, des essais, des sciences humaines et sociales. On ne joue pas la carte du Québec folklorique. On cherche de bons livres tout à fait concurrentiels sur le marché français qui traitent d'un sujet d'une façon originale.»

Ces quelque 15 ouvrages par mois sont choisis parmi les catalogues des 80 éditeurs québécois et canadiens-français que Distribution du Nouveau-Monde dessert en France.

D'ailleurs, pour les libraires français, qui sont déjà inondés d'oeuvres, dit-il, la production québécoise ne pèse pas lourd. «Il faut trouver des astuces pour travailler avec eux», dit-il.

Et le problème est encore plus aigu dans le cas de la fiction, puisque la plupart de nos auteurs, même certains favoris du public québécois, sont mal connus en France et qu'ils ne bénéficient là-bas d'aucun soutien promotionnel. De plus, plusieurs succès québécois, les ouvrages de Yann Martel ou de Gil Courtemanche par exemple, sont repris par des maisons d'édition françaises et sortent donc automatiquement du réseau de Distribution du Nouveau-Monde.

Même constat pour les ouvrages qui sont publiés en coédition avec des maisons françaises. Ainsi, Michel Tremblay et Antonine Maillet, publiés chez Leméac, sont distribués en France par Actes Sud. Cependant, affirme M. Nault, il est rare de trouver leurs oeuvres en librairie. Les librairies à qui on en fait la demande se contentent de passer une commande à la Librairie du Québec à Paris.

Par contre, certaines oeuvres québécoises connaissent un succès inattendu. C'est le cas notamment des Cahiers noirs de Linda Lemay, artiste qui a connu un certain succès à Paris. Ces cahiers ont été publiés aux Éditions des Contreforts. On en a déjà vendu, dans l'Hexagone, plus de 1500 exemplaires.